mardi 15 septembre 2026

« NAZA » OU LA PERFIDIE DU NÉGATIONNISME


 

Khaled Satour

En France, comme dans beaucoup d’autres pays européens, alors que Gaza est réduite en cendres qui enveloppent encore les milliers de dépouilles humaines qui s’y trouvent ensevelies, les médias n’hésitent pas à censurer quiconque affirmerait sans détours qu’ « Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice ». L’actrice Adèle Haenel a pu prononcer cette phrase en direct face aux caméras de « La grande librairie », mais elle a été aussitôt supprimée du replay.

Trois ans après le début des massacres commis et perpétués jour après jour inlassablement par Israël contre la population civile désarmée de Gaza, les sionistes et leurs cellules de propagande s’entêtent à nier le génocide. Ce mot ne doit à aucun prix passer à la postérité.

Alors, il ne faut peut-être pas se laisser berner par les jeux de rôles auxquels se livrent la société et les appareils négationnistes israéliens.

Yuval Abraham et Rachel Szor, les deux réalisateurs du film documentaire « Naza » qui a remporté samedi dernier le prix spécial du jury du festival de Venise, se sont certes attiré l’ire des ministres les plus fanatiques du gouvernement israélien, dont celui de la culture qui les a accusés de « trahison envers l’Etat » et les a menacés de leur retirer la nationalité.

La projection de leur documentaire à la Mostra a certes été accueillie par une standing ovation de près d’une demi-heure, le public ayant été littéralement soufflé par « l’audace et la vérité » des témoignages de militaires et hommes du renseignement israélien racontant comment ils ont exécuté les ordres d’attaque contre Gaza depuis le 7 octobre et ont ainsi participé en connaissance de cause aux crimes de masse commis contre la population civile palestinienne.

Le film décrit le mode de fonctionnement des attaques que l’armée israélienne a mené quotidiennement sur Gaza avec une intensité infernale pendant deux ans et qu’elle poursuit sans scrupules depuis près d’un an en dépit du cessez-le feu conclu en octobre 2025. Il documente le choix fait par l’état-major d’un système de ciblage des civils palestiniens dont la mort en grand nombre était considérée comme le coût acceptable imposé aux innocents en contrepartie de l’assassinat d’un membre supposé du Hamas. Il est arrivé, selon l’un des témoins, qu’ordre soit donné d’écraser sous les bombes 500 personnes (femmes, hommes, enfants) pour être sûr d’ôter la vie à un seul suspect.

Il n'en demeure pas moins que, à en croire la fiche technique du documentaire, ainsi d’ailleurs que la totalité des critiques et commentaires publiés par la presse française, le film illustre la thèse suivante : les opérations militaires israéliennes ne découlent pas de la volonté de tuer les civils mais participent d’une guerre visant les membres du Hamas, dans laquelle Israël sacrifie sans doute délibérément la vie d’un nombre souvent considérable de civils, mais dont l’objectif reste une lutte de « légitime défense contre le terrorisme ».

En conséquence, ni les documents de promotion du documentaire ni les nombreux articles de presse qui lui ont été consacrés n’utilisent une seule fois le terme « génocide ».

La sophistication apparente des mobiles et l’originalité des sources de ce film sont mises au service de l’insubmersible doxa sioniste : l'exercice du simple droit de légitime défense.

Puisque, face à l’évidence des chiffres, face aux multiples images diffusées depuis trois ans d’immeubles d’habitations soufflés par des bombes d’une tonne, face aux images des snipers abattant à distance des enfants palestiniens, les crimes de masse commis par Israël ne peuvent plus être niés, on peut cyniquement trouver avantage à les exposer dans leur sanglante démesure.

Mais c’est pour les mettre au service du seul combat auquel l’État sioniste et ses nombreux épigones ne renonceront pas, celui de la négation du génocide en attaquant les thèses qui le défendent par leur supposé point faible, ce fameux élément intentionnel stipulé par la convention de 1948, dont on attend toujours impatiemment (et peut-être désormais désespérément) de la cour internationale de justice (CIJ) qu’elle confirme la pertinence.

D’ici là, des œuvres telles que Naza ont le champ libre pour instiller le doute dans les esprits et légitimer avec une touche insensible de machiavélisme la censure des propos de vérité et de conviction tels que ceux d'Adèle Haenel.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire