Khaled Satour
Il est souvent soutenu que nous autres qui résidons à l’étranger ferions mieux de ne rien dire à propos de l’Algérie parce que nous ne comprenons plus rien au pays et que, de toutes les façons, pour se prétendre partie prenante aux débats nationaux, il faut présenter un certificat de résidence algérien.
Peut-être que certains de ceux qui tiennent ce discours, et dont on peut en revanche déduire de leur thèse qu’ils ont tout compris, pourraient-ils nous dispenser l’explication de texte que nécessite cette dépêche de l’APS[1] qui, parmi les messages de vœux adressés au président algérien à l’occasion de la fête du 5 juillet de la part « de souverains et de présidents de pays frères et amis », mentionne successivement et en tête de liste ceux « du président des États-Unis d'Amérique, M. Donald Trump » et « du président de la République de Cuba, M. Miguel Diaz-Canel Bermudez ».
Ajoutons, pour préciser le sens du questionnement, que cette liste des expéditeurs de messages de vœux se complète du roi de Bahreïn, du Roi et du Prince héritier du Royaume d'Arabie saoudite, du président de L’État de Palestine, du président tunisien et même du président de la République du Sénégal, dont les pays sont tous qualifiés de « frères ». Même si parmi eux cependant, seuls la Palestine, la Tunisie et le Sénégal sont honorés d’une « double fraternité » puisque simultanément leurs présidents sont qualifiés à titre personnel de « frères » de leur homologue algérien.
Mais ce qui nous intéresse d’abord c’est qu’on peut conclure de ce qui précède, par simple élimination et en l'absence d'une explication autorisée, que les pays « amis » qui sont mentionnés par le communiqué sont les États-Unis et Cuba.
Le cœur de l’Algérie officielle balance donc désormais entre ces deux pays, sans pouvoir les départager, c’est-à-dire entre l’État persécuteur depuis plus de 60 ans, par tous les moyens de l’embargo, du blocus, de l’intimidation et de la subversion, et l’État persécuté. Dans la nomenclature « affective » en usage chez l’État algérien, le prédateur universel et le résistant universel à la prédation ont le même statut. Ce qui nous fait passer du non-alignement longtemps revendiqué à une neutralité qui n’est pas exempte d’indifférence et d’ingratitude.
Dans cet ordre d’idées, on aura aussi relevé que l’Algérie s’est abstenue il y a quelques jours de se faire représenter aux funérailles de l’ayatollah Khamenei, assassiné le 28 février avec de nombreux membres de sa famille par la coalition israélo-américaine, les cérémonies ayant été quelque peu troublées par les bombardements des États-Unis « amis ».
On aura aussi noté, ce qui, à première vue n’a aucun rapport, que les footballeurs de la sélection algérienne n'ont pas disputé aux Égyptiens l’exclusivité de brandir le drapeau palestinien au cours de la coupe du monde.
Tout cela est-il fortuit ? Ne révèle-t-il pas plutôt son sens une fois rapproché avec les amitiés et fraternités protocolaires hiérarchisées par l’agence de presse officielle?
Pour l’Iran d’abord, son déclassement était déjà net depuis qu’il a osé répliquer aux bombardements américains en visant les « frères » arabes du Golfe.
Quant à la Palestine, tout dépend à qui et à quoi on l’identifie : d’après la nomenclature de l’APS, c’est certes un pays « frère » mais dont seul le président Mahmoud Abbas est, parmi ses leaders, un « frère » personnel du président algérien. Il n’était dès lors pas sûr qu’un bruyant enthousiasme de l’équipe d’Algérie et de ses supporters pour une Palestine qui inclurait les ennemis domestiques du « frère » Abbas sur les terres américaines « amies » était opportun.
