Khaled Satour
De tou(te)s les détenu(e)s d’opinion en Algérie, Abla Kemari est sans doute celle qui vit depuis au moins quatre ans l’épreuve la plus terrible et qui subit l’arbitraire le plus intolérable.
Elle n’a jamais rien fait d’autre qu’exprimer ses opinions sur les réseaux sociaux en s’inquiétant de la situation socio-économique dans le sud du pays. Cela lui a valu d’être condamnée une première fois en 2022 par le tribunal de Touggourt à un an de prison ferme.
En 2025, elle a d’abord été condamnée par la même juridiction à trois ans de prison ferme avant que la cour d’appel ne ramène cette peine à trois ans dont deux ferme, confirmant sa culpabilité pour offense au président de la République et incitation à la discrimination et à la haine et rejetant l’incrimination pour incitation au terrorisme retenue en première instance. Placée sous mandat de dépôt le 25 septembre 2025, elle doit être libérée au plus tard dans une vingtaine de jours.
Mais dans la prison de Biskra où elle est incarcérée, la vie ne fut jamais pour elle un long fleuve tranquille. Les conditions de détention l’on éprouvée, minée qu’elle était déjà par le sentiment d’injustice qui l’avait incitée à faire une grève de la faim. Malade, elle a subi en décembre 2025 une première intervention chirurgicale qui a échoué. Selon ses proches, elle ne souhaite pas être opérée à nouveau en détention mais la justice algérienne fait peser sur son avenir immédiat la menace d’une nouvelle condamnation qui compromettrait sa libération prochaine[1].
Ayant consulté il y a quelques mois son compte Facebook désormais désaffecté, j’ai pu me faire une idée des thèmes qu’elle y abordait et qui ont servi de prétexte à sa persécution judiciaire : il n’y est question que de défense du service public, d’égalité et de justice pour tous, les immigrés subsahariens compris.
Il est probable que Abla Kemari est l'objet de la vindicte de certaines chefferies féodales locales, bureaucratiques, judiciaires et sécuritaires qui ne tolèrent pas qu’une femme leur fasse la leçon et qui sont prêtes à la persécuter jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Mais ces abus sont impunément commis dans le cadre de l’État-nation Algérie qui a mis au service de ces coteries réactionnaires l’arsenal des lois liberticides qui leur permettent de mener à bien leur sinistre tâche.
Aucun censeur, aucun chien de garde, aucun avocat du diable ne peut décemment insinuer comme on peut s’y attendre à chaque fois que l’on dit de pareilles vérités, que la jeune femme ait commis ou incité à commettre un quelconque acte subversif qui justifie qu’une cabale si tenace la poursuive.
La République démocratique, populaire et sociale promise aux Algériens a plus de 60 ans d’âge. Le constat est là : aucune république authentiquement démocratique n’aurait aussi brutalement réduit au silence une voix discordante mais pacifique ; aucune république authentiquement populaire n’aurait coalisé toutes ses institutions pour écraser une interprète des aspirations populaires ; aucune république sociale ne se sentirait menacée par des revendications d’égalité et de justice pour tous.
Abla Kemari est, à son corps défendant, l’une des victimes les plus en vue de l’alliance des féodalités archaïques et des bourgeoisies néo-libérales qui ne doutent plus que l’avenir de l’Algérie leur appartient.
[1] Publication du 4 septembre 2026 reprise par diverses associations :

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