jeudi 18 juillet 2024

L’INDIGNATION ET L’ACCOUTUMANCE

 

Khaled Satour

Un génocide, ce sont des massacres quotidiens qui finissent par être innombrables et par paraître indistincts, alors qu’ils innovent sans cesse en horreur et qu’ils reculent à chaque fois un peu plus les limites de la cruauté.

Au cours de la semaine écoulée, l’armée israélienne s’est retirée de la ville de Gaza après y avoir martyrisé la population pendant plusieurs jours. La Défense civile palestinienne a exhumé le jeudi 11 juillet 60 cadavres dans les décombres du quartier de Choujaiya puis le vendredi 12 juillet 60 autres cadavres dans les quartiers de Tal al-Hawa et d'al-Sinaa. Ce fut ensuite, le 13 juillet, le massacre de 100 à 150 personnes à Al Mawassi, cette région située à l’ouest de la ville de Khan Younès que l’armée israélienne avait donnée pour sûre poussant des dizaines de milliers de civils à s’y rendre pour se mettre à l’abri. Et le 14 juillet, 15 à 20 personnes ont été déchiquetées à Nusseirat par les bombes larguées sur une école de l’UNRWA. Plusieurs dizaines d’autres vies ont été emportées depuis cette date.

Il en va ainsi à Gaza depuis bientôt dix mois. Jamais les souffrances et les traumatismes d’une humanité en enfer n’ont été pareillement vécus, répétés jour après jour, au vu et au su du monde. Quoi de surprenant dans le fait qu’il ait fini par vaquer à ses occupations comme si de rien n’était ?

La volonté génocidaire d’Israël est hélas plus obstinée et plus constante que les manifestations de solidarité avec ses victimes. La haine est inépuisable alors que l’indignation se lasse à l’épreuve de l’accoutumance.

Mais nous-mêmes qui savons d’expérience(s) que l’indignation est vaine, que seule la riposte compte, et qui constatons dans le même temps avec effarement que celle-ci ne vient de nulle part, nous avons aussi droit à notre enfer, celui de l’impuissance, hanté par les images des orphelin(e)s de Gaza, dont la détresse et le désespoir nous font si mal.

Aucune propagande ne nous convaincra de nuancer notre soutien intransigeant à la résistance palestinienne, sous toutes les formes qu’elle a prises depuis le 7 octobre. Mais aucune culture du martyre ne nous consolera des tourments infligés aux enfants de Gaza.

dimanche 30 juin 2024

SI J’AVAIS DÛ VOTER …


 

Khaled Satour

Si j’avais dû voter aux élections législatives françaises dont le premier tour a lieu aujourd’hui, aurais-je accordé ma voix au candidat du Nouveau Front Populaire dans ma circonscription ? Peut-être. Mais l’aurais-je fait par adhésion ou par défaut, juste pour faire barrage au Rassemblement National, en bon citoyen lambda piégé par les calculs de Macron ? Ce qui est sûr, c’est que le programme de ce front a peut-être un caractère social plus marqué que ceux des concurrents, mais qu’il n’est pas à la hauteur du défi antiraciste et anticolonialiste que la France doit affronter.

L’antiracisme et l’anticolonialisme ne font pas recette en France, sinon auprès d’une minorité éclairée qui n’a pas les moyens médiatiques de se faire entendre. Ce sont d’ailleurs des positions qui ont été déclarées ennemis publics de la Nation et c’est contre eux que l’alerte générale a été lancée par les médias les plus influents à l’heure même où c’est pourtant l’extrême-droite, constituée en épouvantail depuis la fin de la seconde guerre mondiale, qui est aux portes du pouvoir.

La synthèse de la haine raciste et islamophobe et de la haine post-coloniale réactivée par l’actualité de la question palestinienne (mais aussi de la question kanake) a produit sur commande une reconfiguration éclair du champ des « valeurs » républicaines qui ne résonne plus que des échos de la chasse hystérique à l’antisémitisme derrière tout discours dénonçant le génocide commis par Israël à Gaza.

Le soutien inconditionnel à Israël a de ce fait été promu enjeu central de politique intérieure, légitimé par un consensus national qui le rend compatible avec les projets racistes et islamophobes du RN et des partisans de Macron.

Ce consensus prend les proportions d’un conditionnement agressif à sens unique infligé aux électeurs au point que le scrutin se déroule dans des conditions qui sont à la limite de la régularité, sans que personne ne paraisse s’en inquiéter.

C’est d’ailleurs un consensus qui s’étend à un grand nombre des composantes, organiques et individuelles, du Nouveau Front Populaire lui-même. Les sympathies pour la cause palestinienne et la dénonciation des législations islamophobes qui se sont accumulées pendant les deux mandats de Macron ne constituent la préoccupation que d’un noyau dur de candidats investis par la France Insoumise que la scission amorcée au sein de ce mouvement par François Ruffin mais aussi par des candidatures dissidentes et des attaques fratricides contre Mélenchon vise à mettre en minorité. Chez les autres partenaires du Front, de telles positions ne suscitent qu’indifférence lorsqu’elles ne font pas l’objet de critiques acerbes.

C’est dire que le Nouveau Front Populaire est un assemblage aussi disparate et composite que son ancêtre éponyme du siècle dernier et qu’il est l’héritier, jusques et y compris au sein de LFI, de toutes les ambigüités qui étaient les siennes à propos de la question coloniale, redevenue d’une brûlante actualité alors même que le pays avait suffisamment à faire avec ses casseroles post-coloniales.

Si j’avais dû voter, je l’aurais donc fait sans trop d’illusions.

samedi 8 juin 2024

ISRAËL : LE GOÛT DU SANG PALESTINIEN


 

Khaled Satour

Voici la réalité de la prétendue guerre de Gaza : l’armée, les troupes de la police, l’aviation, la marine, les blindés israéliens ont commis aujourd’hui un véritable carnage dans le camp de réfugiés de Nusseirat, tuant 210 civils, réduits pour la plupart en lambeaux, et en blessant plus de 400 afin de libérer 4 Israéliens qui étaient détenus par la résistance depuis le 7 octobre.

Une victoire fêtée par la population israélienne dansant dans les rues sur les cadavres des femmes et des enfants palestiniens et dont le seul mérite revient pourtant à la puissance de feu fournie de façon illimitée par les États occidentaux et notamment les États-Unis.

Un massacre de plus, réalisé en plus grand que beaucoup d’autres, pour mieux défier la CIJ, la CPI, le Conseil de sécurité et toutes ces lamentations hypocrites arabo-américano-européennes qui ne sont sans exception aucune que les alibis que se donne la « communauté internationale » pour persévérer dans la complicité. Un massacre de plus dans une guerre génocidaire par excellence du fait du déséquilibre écrasant des forces et de la configuration démographique du terrain mais aussi et surtout de la volonté de l’armée israélienne, toujours présente quel que ce soit l’objectif prétendu des opérations, d’assassiner le maximum de Palestiniens.

L’étau meurtrier qui étreint les Palestiniens de Gaza est implacablement resserré sur une population livrée à une logistique du crime de masse qui combine les technologies les plus performantes de la planification et de l’exécution, notamment les instruments les plus sophistiqués du renseignement livrés gracieusement par les alliés d’Israël qui n’empêchent pas le recours à la torture systématique pratiquée dans de véritables camps de la mort.

De tels moyens sont mis en œuvre sans le moindre frein moral puisque, bien au contraire, la société israélienne, pervertie et déshumanisée par le goût du sang palestinien transmis de génération en génération depuis 75 ans, est dans son écrasante majorité plutôt disposée à la surenchère comme le prouve notamment, parallèlement à la liesse haineuse observée aujourd’hui, le déchaînement des colons de Cisjordanie, attaquant de plus en plus ouvertement les agriculteurs palestiniens et brûlant impunément de vastes superficies de cultures.

Mais, comme ce fut toujours le cas dans l’Histoire pour les peuples exposés à des violences coloniales aussi extrêmes, les Palestiniens sont d’abord les victimes de leurs divisions et des trahisons déclarées dans leurs propres rangs. Deux jours à peine avant que ne se produise ce nouveau massacre de Nusseirat, alors que le sang des massacrés de Rafah n'était pas sec, le premier ministre de l’autorité fantoche de Ramallah déclarait : "Nous sommes prêts à assumer nos responsabilités dès le lendemain (de la guerre à Gaza) afin d'aider (...) à restaurer l'unité du peuple et de la direction palestiniens". Vivement donc qu’Israël achève son œuvre génocidaire pour que les planqués de l’OLP enterrent définitivement la résistance !