samedi 20 juin 2026

GAZA : LE GÉNOCIDE LE PLUS « DÉMOCRATIQUE » DE L’HISTOIRE


Khaled Satour

J’ai vu passer le mois dernier le rapport d’une prétendue « commission civile » d’enquête israélienne qui conclut que « les violences sexuelles et fondées sur le genre » ont été systématiques et sur une grande échelle lors des attaques du 7-Octobre, et qui n’hésite pas à affirmer qu’elles sont non seulement constitutives de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité mais aussi d’« actes génocidaires au regard du droit international[1] ».

Affaiblir le consensus sur le génocide commis à Gaza

Ce rapport, dont on s’explique mal qu’il soit si tardif, contredit de précédentes enquêtes entreprises par des organismes israéliens qui, après plusieurs tentatives de désinformation, avaient finalement renoncé à convaincre de la véracité de pareilles allégations. On se souvient notamment qu’une responsable du parquet du sud d’Israël avait dû admettre en janvier 2025, après plus d’une année d’investigations, que son service n’avait trouvé aucune preuve confirmant les accusations de viols « massifs » et « systématiques » commis par le Hamas. « Pour finir, concluait-elle, nous n’avons aucune plaignante[2]…».

Ce dernier rapport de la « commission civile », si pauvrement étayé, n'a donc pas d'autre but que de fournir aux cellules internationales de la propagande sioniste un matériau susceptible d’affaiblir le consensus de plus en plus majoritaire sur le génocide commis à Gaza. Et si le rapport mise essentiellement sur l’accusation non prouvée de viols massifs du Hamas, c’est pour tenter de faire pièce aux multiples rapports publiés par les NU et les ONG sur la généralisation des viols et tortures sexuelles commis contre les détenu(e)s palestinien(ne)s.

C’est bien sûr l’accusation relative à de prétendus « actes génocidaires » du Hamas qui prête le plus à rire, tant il a fallu d’impudence aux entrepreneurs de l’extermination des Palestiniens, dont les crimes perpétrés à Gaza ne sont que le couronnement de 8 décennies d’exactions, pour se prétendre victimes d’un génocide commis par le peuple qu’ils martyrisent.

Israël serait donc victime d’actes génocidaires perpétrés par des groupes agissant au nom d’une population à laquelle il fait subir un blocus depuis 20 ans, qu’il écrase sous ses bombes depuis deux ans et demi, tout en l’affamant et la privant à loisir d’eau, d’électricité, d’énergie, d’Internet.

Une telle version des événements n’est pas faite pour convaincre. La commission internationale chargée d’enquêter dans les territoires palestiniens a en effet tout autrement hiérarchisé les crimes respectivement attribués à la résistance palestinienne et à Israël.

Dans la présentation de son rapport soumis le 9 juin 2024 au conseil des droits de l’Homme, la présidente de la commission a affirmé que « les autorités israéliennes sont responsables de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de violations du droit international humanitaire et des droits de l'homme, notamment d'extermination, de meurtre ou d'homicide volontaire, d'utilisation de la famine comme méthode de guerre, de transfert forcé, de persécution sexiste, de violences sexuelles et sexistes assimilables à de la torture et de traitements cruels ou inhumains ».

En revanche, elle a relevé en ce qui concerne le 7 octobre que « le Hamas et d'autres groupes armés palestiniens » ne sont responsables que de crimes de guerre[3].

Un an plus tard, le 17 septembre 2025, la même présidente de la commission d’enquête de l’ONU faisait officiellement le constat documenté qu’« Israël a commis un génocide contre le peuple palestinien à Gaza et qu’il poursuit ce génocide[4] ».

Un lobby pour menacer et persuader

L’invraisemblance de leur thèse « génocidaire » du 7 octobre ne semble pourtant pas décourager les Israéliens qui, assurés du large consensus dont bénéficie leur œuvre criminelle en Israël même, multiplient les campagnes mensongères et les intimidations dans les pays occidentaux pour accréditer l’idée qu’un soutien inconditionnel est dû à Israël, mais aussi aux communautés de la diaspora qui seraient, selon eux, menacées d’une nouvelle shoah. Et c’est essentiellement par l’entremise de l’Europeen Leadership Network (Elnet), une officine dirigée à partir d’Israël et particulièrement influente en Allemagne et en France, que ces campagnes sont menées en France avec un regain d’agressivité remarquable[5].

C’est ainsi que le lobby sioniste international récupère l’argument du génocide brandi contre lui par l’ONU et la plupart des ONG des droits de l’Homme pour en faire accréditer le danger qu’il représenterait pour Israël et qui se préciserait contre les juifs d’Europe après avoir pris corps le 7 octobre dans les kibboutzim enveloppant la bande de Gaza.

Ce lobby utilise en Europe la menace autant que la persuasion. Deux armes complémentaires que lui assure une élite nombreuse dévouée à sa cause sans la moindre réserve, et que bonifie l’apport des millions d’euros dont le dotent ses bienfaiteurs américains.

Un déni qui vaut approbation du génocide

S’il peut y consacrer toutes ses forces et tous ses moyens, c’est parce qu’il peut les économiser en Israël même où le génocide est soutenu par l’écrasante majorité de la population dont une fraction importante déplore même qu’il ne soit pas plus rondement mené. Dans le détail de sondages effectués en 2025, 82% des Israéliens se disent favorables au nettoyage ethnique intégral des territoires palestiniens. Parmi eux, une forte proportion (79%) sont dans le déni obstiné et irraisonné du génocide de Gaza, qui n’est qu’une manière pudique de l’approuver sans compromettre les profits tirés de la mémoire du précédent nazi.

Ce déni, valant blanc-seing octroyé par une écrasante majorité d’Israéliens à leurs politiques et militaires pour exterminer les Palestiniens, a pour conséquence que « l’armée la plus morale du monde » commet sur les ordres de « l’État le plus démocratique du Moyen-Orient » le génocide le plus « démocratique » de l’Histoire.

Et si l’on ajoute que c’est dans les replis des sociétés politiques, civiles et économiques des États occidentaux les plus avancés que se lovent les organisations qui diffusent le négationnisme de la « hasbara » israélienne, les massacres commis par Israël à Gaza constituent le génocide démocratique le plus universel de l’histoire.


 

lundi 15 juin 2026

AU MILIEU DES PÂTURAGES DU KANSAS


 

Khaled Satour

Pendant un mois et demi, la folie du football va souffler sur le monde, le livrant à toutes les frénésies et les incohérences. C’est la coupe du monde de Donald Trump, taillée aux mesures de sa mégalomanie par la FIFA et n’abandonnant à ses deux voisins du Nord et du Sud que quelques miettes de gloriole.

Cette compétition est à peine entamée que l’on sait déjà à quel point elle pâtira de la xénophobie fascisante qui caractérise les politiques actuelles des États-Unis. Je ne vois donc aucun intérêt à répercuter les débats en cours sur les obligations que les règlements de la FIFA sont censés faire peser sur le pays organisateur en matière d’égalité de traitement des invités et même, paraît-il, en matière de droits de l’homme.

Comment croire que la Fédération internationale est en mesure, si tant est qu’elle en ait la volonté, d’imposer une quelconque règle élémentaire de droit ou de morale à un président imbu de sa toute-puissance, coupable d’ingérences brutales dans les affaires intérieures des États, complice d’un génocide et ordonnateur direct de divers massacres de masse.

J’ai entendu certains « experts » soutenir que toute velléité de boycott de la compétition aurait été une erreur car il n’y a aucune raison de pénaliser le mouvement sportif et les athlètes engagés.

L’argument est irrecevable car cette coupe du monde est d’abord un outil du néo-libéralisme et de l’impérialisme les plus destructeurs contre lesquels tous les moyens de lutte sont légitimes dont le boycott précisément et par excellence.

Au lieu de quoi, c’est à l’obséquiosité attristante de certaines des principales victimes de cet impérialisme qu’il nous est donné d’assister. Il n’est pas jusqu’à l’Iran, écrasé sous les bombes de Trump et de Netanyahou depuis plus de trois mois, qui ne tienne à être présent et ne soit disposé pour cela à subir les pires humiliations (refus de visas à ses dirigeants, refus d’hébergement de la sélection nationale).

Je passe sur l’inqualifiable servilité devenue coutumière à l’autorité palestinienne dont le chef de la fédération nationale de football a été refoulé comme un malpropre aux frontières étasuniennes.

Plus feutrée et apparemment moins compromettante est la « pondération » de l’Algérie qui ne rate plus la moindre occasion de se prévaloir de son amitié séculaire avec les Américains. On n’est donc pas surpris qu’elle participe avec tant d’enthousiasme à la coupe de Trump, qui n’est pourtant qu’une diversion pendant laquelle les États-Unis continueront à étrangler Cuba au moyen d’un embargo chaque jour plus intenable, à dicter leurs volontés au gouvernement du Venezuela dont ils ont kidnappé le premier magistrat et spolié les revenus pétroliers et à menacer l’Iran pour l’amener à composition.

Dernière manifestation en date de cette complaisance algérienne : la condamnation renouvelée la semaine dernière par le ministère des affaires étrangères « des attaques » de l’Iran contre « les frères arabes » du Golfe, (en fait, contre les bases américaines de la région).

Voilà pourquoi je m’appliquerai soigneusement à ne rien voir ni savoir des péripéties de la compétition et notamment des prestations de l’équipe nationale algérienne ainsi que de l’hystérie joyeuse ou douloureuse que ne manqueront pas de manifester ses supporters.

L’orgueil sportif, vestige étriqué et intolérant du nationalisme libérateur, a trop manifestement substitué ses emportements aux élans raisonnées d’une fierté diplomatique aujourd’hui moribonde.

Je ne pense pas que le drapeau algérien, défendu avec un zèle compulsif contre les outrages les plus insignifiants, sera plus honoré d’être déployé au milieu des pâturages du Kansas qu’il ne le fut d’être déplié sur le sol de cet hôtel d’Alger où il a été méthodiquement piétiné.

 

 

samedi 16 mai 2026

QUAND L’ALGÉRIE SE PRÊTE AU « CULTURE WASHING » DES ÉTATS-UNIS

 

 

 


Khaled Satour

 Quel sentiment peut-on éprouver en apprenant qu’un accord relatif à la « protection des biens culturels » conclu en 2024 entre l’Algérie et les États-Unis est entré en application ce jeudi 14 mai ?[i]

Une journée d’étude sur la coopération bilatérale « algéro-américaine en matière de protection et de préservation du patrimoine culturel » a réuni des experts des deux pays au Palais de la Culture d’Alger. On y a discuté de la « protection et de la préservation du patrimoine culturel algérien ».

Lorsque le 7 avril dernier, Donald Trump haussait le ton contre l’Iran en annonçant au monde qu’ « une civilisation entière va mourir ce soir », l’aviation des États-Unis et celle de leur complice israélien avaient déjà détruit ou gravement endommagé en quelques semaines 150 sites culturels et historiques iraniens, dont certains sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco, comme le palais du Golestan à Téhéran et la place Naqsh-e Jahan à Ispahan.

Pourtant ne voilà-t-il pas que les États-Unis, nés à la vie nationale il y a à peine plus de deux cents ans en ne recevant d’autre initiation à l’expertise patrimoniale que la destruction corps et biens des civilisations amérindiennes qu'ils avaient rencontrées sur leur chemin, ne les voilà-t-il donc pas promus au rang de gardiens du patrimoine culturel algérien?

Eux qui, avant de raser des monuments iraniens parfois vieux de 2500 ans, avaient entre autres pratiqué la politique de la terre brûlée au Vietnam puis dilapidé les musées irakiens avant de cautionner la destruction depuis le 7 octobre par Israël à Gaza, non seulement de la quasi-totalité des immeubles d’habitation, mais de plus de 160 sites culturels, des lieux de culte souvent prestigieux, des monuments, des musées et des sites archéologiques, sans parler des écoles et universités.

Ces mêmes Américains, dotés de ce même palmarès, viendraient en Algérie pour y protéger des biens qu’ils se sont toujours donné pour vocation de réduire en cendres sous tant d’autres latitudes. On peut les croire et asseoir à la même table qu’eux les malheureux experts algériens commis à la négociation.

Mais on peut aussi en douter sérieusement et supposer que l’Algérie est enrôlée, à la faveur de sa toute nouvelle « real diplomatie », dans une entreprise d’enfumage qui s'apparente à un vulgaire « culture washing ».