samedi 10 octobre 2026

QUAND LE COMITÉ NOBEL REPREND SES ESPRITS


Khaled Satour

Elle s’appelle Navanethem (Navi) Pillay et elle est sud-africaine.

Elle a présidé la commission d’enquête indépendante de l’ONU qui a établi en septembre 2025 qu’Israël avait commis un génocide à Gaza, relevant à l’appui de ce constat divers crimes individualisés qui lui ont inspiré la conclusion suivante « Il est clair qu’il existe une intention de détruire les Palestiniens de Gaza par des actes qui répondent aux critères énoncés dans la Convention sur le génocide ».

Cette commission ajoutait en juin 2026 un complément d’enquête qui précisait qu’« Israël a délibérément pris pour cible les enfants palestiniens, provoquant un génocide, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre dans la bande de Gaza, ainsi que des crimes de guerre en Cisjordanie occupée ». Et elle estimait que « le ciblage délibéré des enfants est l'un des éléments clés permettant d'établir l'intention génocidaire des autorités et forces de sécurité israéliennes de détruire le "groupe palestinien", dans son ensemble ou en partie, à Gaza » [1].

Navi Pillay vient de se faire décerner le prix Nobel de la Paix 2026 par lequel le comité norvégien fait amende honorable après plusieurs élections plus que contestables, carrément provocatrices, dont la dernière en date fut celle de la militante d’extrême droite vénézuélienne Maria Machado, opposante à Maduro et mercenaire de l’impérialisme américain.

Cette récompense, attribuée à une personnalité désavouée par les États-Unis en tant que commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU après avoir été membre de la Cour pénale internationale (CPI) qui subit actuellement le chantage de Donald Trump, est aussi un hommage rendu à l’Afrique du Sud, qui a engagé auprès de la Cour internationale de justice la procédure prévue par la convention sur le génocide.

C’est un choix qui peut inciter la CIJ à hâter une décision sur le fond reconnaissant le génocide commis à Gaza, qui se fait attendre depuis près de trois ans alors que le territoire est en ruines et que plus d’un million et demi de survivants sont cantonnés sur le tiers de sa superficie.

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 [1] Pour plus de détails sur les comptes-rendus publiés par la commission d'enquête, lire sur ce blog les deux articles suivants :

1° « Les véritables proportions du génocide à Gaza… » (28/06/2026)

https://contredit.blogspot.com/2026/06/les-veritables-proportions-du-genocide.html

2° « Du génocide de Gaza à l’arithmétique de " Naza" » (18/09/2026)

https://contredit.blogspot.com/2026/09/du-genocide-de-gaza-larithmetique-de.html

 

FRANCE : VIOLENCE POLICIÈRE, VIOLENCE MÉDIATIQUE


Khaled Satour

Écoutez les médias du service public français, à peine plus mesurés que les médias privés acquis à l’extrême droite, faire tout d’une pièce l’apologie de la violence de classe et de la violence de race exercée sans modération par la police.

C’est toute la porosité entre la désinformation qu’ils pratiquent sur les événements de France et ceux du monde qui se révèle !

Acharnés depuis trois ans à renverser les données du conflit israélo-palestinien en présentant un État et une armée génocidaires comme les victimes de la résistance du peuple qu’ils ont décidé d’exterminer, ils étendent désormais cette grille d’interprétation aux différentes facettes de la brutalité policière déchainée contre les révoltes de catégories de plus en plus nombreuses de la population française.

Pour l’heure, c’est l’étonnant consensus médiatique constitué en soutien de la force armée de l’État engagée dans la répression des lycéens qui montre le plus clairement la dérive d’organes d’information qui se sont égarés loin de toutes les justifications acceptables de la violence d’État.

Alors qu’à ce jour, au moins trois lycéens mineurs ont été blessés grièvement par des tirs de LBD, dont deux ont été pratiquement éborgnés, et un quatrième a eu la main arrachée par l’explosion d’une grenade, alors que les vidéos montrant des agressions policières contre des adolescent(e)s pacifiques sont vues des millions de fois, ces médias se focalisent sur les « violences » attribués aux manifestants pour les rendre responsables des exactions qu’ils subissent de la part des forces de l’ordre.

Le défi lancé par les lycéens à la police est dépeint comme une provocation à la confrontation, ce qui est déjà une aberration au regard du régime des libertés publiques, mais aussi de la psychologie et de la sociologie. Car on ne peut raisonnablement identifier aucune symétrie dans un affrontement opposant des adolescents désarmés âgés de 14 à 17 ans à des détachements de professionnels adultes, cuirassés, entraînés aux combats de rues et dotés de grenades à différents usages (lacrymogènes, à effet sonore, de désencerclement), de LBD d’au moins deux sortes, d’aérosols lacrymogènes et de gourdins, sans parler des armes à feu conventionnelles qui ne les quittent pas.

A moins bien sûr de considérer que le noyautage de la jeunesse française par les racailles « grand’remplaçantes » des banlieues suffise à la disqualifier en bloc et à lui retirer l’immunité que lui garantit l’État de droit.

Il faut dire que cette embrouille médiatique trouve écho dans la duplicité du législateur saisi simultanément d’une proposition de loi dite « intégrale » ayant pour objet de renforcer la protection des enfants (ainsi que des femmes) non seulement contre les violences sexuelles mais aussi « contre toute forme de violence » et d’un projet de loi accordant à la plus vulgaire maréchaussée « une présomption d’usage légitime des armes » (plus justement dénommée ‘permis de tuer’).

Il ne faut pas croire pour autant que, entre le souci de protection de l’enfance et celui de lâcher la bride à la police, le cœur glacial de l’État néolibéral puisse balancer un instant.

Cet octobre des luttes, qui est loin d’avoir dit son dernier mot, nous donne, dans toutes les artères et les places publiques du pays où s’exprime la colère populaire, la preuve que le pouvoir penche vers la franche répression. Et avec lui, ses médias de classe et de race.


 

samedi 26 septembre 2026

LA DÉCENNIE NOIRE, MYTHES ET VÉRITÉS

 

 Khaled Satour

Il y a quelque chose d’insupportable dans ce besoin qu’ont certains milieux de la société algérienne d’étoffer sans cesse leur galerie de portraits prétendant à la reconnaissance de la nation. Alors même que de vieilles rancœurs régionalistes alimentent encore les suspicions de trahison nourries à l’égard de dirigeants historiques de premier plan du mouvement national, en dépit du mérite et du dévouement dont les historiens sérieux les ont crédités, l’omerta imposée de façon sélective sur les événements des années 1990 favorise l’idéalisation de personnalités dont on veut faire oublier à quel point elles ont été controversées.

S’agissant de cette terrible période, les autorités suprêmes du pays ont fait mine d’interdire, dans l’article 46 de l’ordonnance 06/01 portant mise en œuvre de la Charte pour la réconciliation nationale « toute instrumentalisation des blessures de la tragédie nationale » pour porter atteinte « aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’État, nuire à l’honorabilité de ses agents qui l’ont dignement servie, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international ».

La mise en garde a été soigneusement énoncée dans des termes qui paraissent inspirés par une sagesse et une volonté d’apaisement de bon aloi, donnant l’illusion qu’on appelle à la raison et à la modération tous les protagonistes (directs et indirects) du conflit. Mais en réalité, cette prohibition s’interprète à la lumière de l’article 45 qui interdit toute poursuite « à l’encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées » pendant la décennie.

Le résultat en est que la seule parole proscrite est celle qui jetterait le soupçon sur les autorités et appareils sécuritaires de l’époque. En revanche, rien n’entrave le discours assénant la doxa officielle qui est toujours aussi redondant et catégorique. Et qui est surtout approximatif, dispensé qu’il est de s’appuyer sur la moindre preuve, d’ailleurs introuvable puisque la vérité des faits n’a jamais été établie par des institutions intègres habilitées à le faire selon des procédures indiscutables.

C’est dans ce contexte que nous assistons depuis plusieurs heures, à travers l’hommage que rend la corporation journalistique à l’un des siens, à la mise en scène de cette nostalgie surréaliste d’une époque qui aurait symbolisé l’âge d’or de la liberté de la presse.

Favorisée par des informations plus ou moins vérifiées sur les tentatives faites par l’État pour empêcher les obsèques du défunt, c’est une mystification par laquelle on veut faire accroire que la profession, par ses états de service passés sinon par son impact présent réduit à néant, n’a pas cessé d’être un pouvoir faisant obstruction au pouvoir.

Ce qu’on ne peut contester c’est que la profession a payé le prix fort en termes de vies sacrifiées mais il en est allé de même pour toutes les catégories sociales dont les hommes et les femmes ont été victimes par milliers d’attentats aveugles ou ciblés attribués en bloc à des terroristes islamistes sans qu’aucune investigation ne soit menée à son terme pour le prouver.

A la suite de l’attentat qui a visé la victime la plus prestigieuse de la décennie, Mohammed Boudiaf, certains titres de la presse indépendante ont su mettre en doute la thèse officielle de l’acte isolé commis par un membre des services de protection et néanmoins activiste islamiste, sans que ce fût pour autant l’occasion d’interroger les incohérences et lacunes du roman officiel délivré pour l’intégralité de la période.

Il n’est donc guère nécessaire de faire un gros effort de mémoire pour se souvenir qu’en guise de presse libre, les quotidiens et périodiques de la décennie noire ont pour la plupart reproduit sans broncher les versions officielles des événements, quand ils n’ont pas surenchéri sur les thèses qui les sous-tendaient.

Ce n’est là que l’une des moindres conséquences de cette vaste entreprise d’évitement de la vérité qui permet aujourd’hui de prolonger, inaltérable et peut-être même plus tranchée, la même polarisation des récits.

Et si les pourfendeurs des « années terrorisme islamiste » ne ratent aucune opportunité d’exercer à voix haute la liberté d’évocation qui leur est réservée, leurs adversaires, frères musulmans ou salafistes plus ou moins piétistes, se tiennent plus discrètement à l’affût le long de la toile d’araignée qu’ils ont tissée à l’échelle de la société. Mais ils n’en pensent pas moins.