Khaled Satour
Les allées et venues de Saïd Sadi entre la France et l’Algérie me sont généralement indifférentes. Et son récent « retour » l’était tout autant jusqu’à ces dernières heures. Mais je commence à me demander s’il ne constitue pas l’une des pièces d’un dessein politique imaginé par un quelconque centre de pouvoir, situé ici ou là.
Je ne m’avancerai pour l’instant pas au-delà de cette conjecture. Je préfère ne pas évoquer les implications politiques qui peuvent s’attacher à ce retour au niveau interne ni les réminiscences que la réapparition de ce personnage réveillent dans la chambre noire de la mémoire des années tragiques.
Je veux simplement dire que ce Saïd Sadi que les gens les plus simples de son village d’origine ont été incités à accueillir avec des bouquets de fleurs et à qui des personnalités locales complaisantes ont permis d’aller se faire photographier devant le monument dressé en hommage à Didouche Mourad rentre d’un séjour en France passé pour l’essentiel auprès des élites de l’extrême-droite colonialiste, raciste et islamophobe. Sa fréquentation de ces milieux de la haine désinhibée fut si intime et régulière qu’il en est devenu partie intégrante. Au point de se confondre avec leurs inclinations les plus récentes.
Et c’est en cela que la polémique de mauvaise foi engagée en Algérie sur l’historique d’une ou deux photos prises en compagnie de Bernard Henri Lévy n’est qu’une diversion. D’abord parce qu’il est établi de longue date que Sadi a toujours entretenu des relations d’amitié avec ceux que l’on qualifiait encore il y a vingt ans de néo-conservateurs pro-sionistes et pro-impérialistes dont BHL (qu’il considère comme « un ami ») et Glucksman père, mais aussi et surtout Daniel Leconte[1], que l’ancien président du RCD a toujours qualifié d’ « esprit éclairé »*, sans parler de la venimeuse Caroline Fourest qui a spontanément et publiquement avoué l’amitié qu’elle avait pour lui.
Sadi à côté de Denis Jeambar dans l'émission "La nuit algérienne" sur Arte
Ensuite, ce qui est le plus important et que ses partisans enveloppent dans la formule quasi biblique des « 7 années d’absence », parce que l’intéressé a bénéficié d’un recyclage complet au cours de son séjour en France et qu’il s’est suffisamment mis à jour auprès des représentants les plus en vue de la nouvelle élite d’extrême-droite pour être à la hauteur de la clique colonialiste, raciste et génocidaire qui regroupe à la fois ces vieilles amitiés néo-conservatrices (et notamment Leconte), la « gauche » islamophobe du printemps républicain et la droite dure colonialiste[2].
Avec X. Driencourt et la fine fleur fascisante à St- Raphaël pour soutenir Sansal (mars 2025)
Cette mutation du personnage est si accomplie qu’un organe engagé sans réserve en faveur d’Israël et de son entreprise génocidaire, « Tribune Juive », lui en a délivré le brevet le plus explicite qui soit : les écrits de Sadi, qui critiquent le soutien à la Palestine et méprisent la cause sahraouie, ont fait plusieurs fois sa une au cours des dernières années[3].
Avant de clore ces quelques lignes, je préciserai simplement que je ne veux pas aborder pour l’instant cette polémique surannée sur le rôle de Sadi dans le recrutement de BHL au cours de la campagne de propagande organisée en 1997 pour dédouaner le pouvoir des crimes dont il était alors accusé.
Je préfère qu’elle demeure cantonnée entre ceux qui nient en bloc et ceux qui n’admettent que la responsabilité du pouvoir, en préférant parfois accabler le seul Zeroual.
En fait, de part et d’autre, on veut nous faire oublier que, avec un cynisme consommé, tout ce beau monde avait accueilli la bouée de sauvetage lancée par les réseaux néo-conservateurs français comme une bénédiction de la providence.
Le seul intérêt de l'échange est qu'il montre comment la plupart de ses protagonistes s’arrangent pour fourguer leur mémoire sélective.
Mais je reviens pour finir à mon propos introductif et, sans vouloir donner l’impression de prédire l’avenir, j’espère que ce « retour », trop programmé pour être vrai, d’un enfant prodigue en errements de toutes sortes ne présage pas le retour des catastrophes.
Ceux qui auraient l’illusion qu’un homme politique de droite, néo-libéral et lié aux milieux pro-sionistes et néocoloniaux français peut faire pièce à l’islamisme auraient intérêt à renoncer à leurs vieilles lunes : les deux courants se valent, aussi bien sur le plan social interne que sur le plan international.
Que Said Sadi soit impliqué de près ou de loin dans la décision politique et les rêves de normalisation avec Israël et de liquidation de la cause sahraouie auront des chances de se réaliser aussi certaines que si les pires salafistes accédaient au pouvoir.
[1] Voir la vidéo de l’émission d’Arte « La nuit algérienne » animée par Leconte en présence de Sadi, BHL et Denis Jeambar, un journaliste qui était aussi un proche du fondateur du RCD : https://www.youtube.com/watch?v=lzzKioZsPQg
[2] Saïd Sadi a notamment participé à la conférence-débat pour la libération de Boualem Sansal le 12 mars 2025 en présence notamment de Xavier Driencout.
[3] Voir entre autres le lien suivant pour un article publié en juillet 2021 : https://www.tribunejuive.info/2021/07/28/said-sadi-pays-reel-debat-de-fiel/
* La photo ci-dessous : Sadi en compagnie de Daniel Leconte, extrait d’une vidéo datant d’avril 2024 (https://www.youtube.com/watch?v=DctqcsihbNA)






