Khaled Satour
J’ai vu passer le mois dernier le rapport d’une prétendue « commission civile » d’enquête israélienne qui conclut que « les violences sexuelles et fondées sur le genre » ont été systématiques et sur une grande échelle lors des attaques du 7-Octobre, et qui n’hésite pas à affirmer qu’elles sont non seulement constitutives de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité mais aussi d’« actes génocidaires au regard du droit international[1] ».
Affaiblir le consensus sur le génocide commis à Gaza
Ce rapport, dont on s’explique mal qu’il soit si tardif, contredit de précédentes enquêtes entreprises par des organismes israéliens qui, après plusieurs tentatives de désinformation, avaient finalement renoncé à convaincre de la véracité de pareilles allégations. On se souvient notamment qu’une responsable du parquet du sud d’Israël avait dû admettre en janvier 2025, après plus d’une année d’investigations, que son service n’avait trouvé aucune preuve confirmant les accusations de viols « massifs » et « systématiques » commis par le Hamas. « Pour finir, concluait-elle, nous n’avons aucune plaignante[2]…».
Ce dernier rapport de la « commission civile », si pauvrement étayé, n'a donc pas d'autre but que de fournir aux cellules internationales de la propagande sioniste un matériau susceptible d’affaiblir le consensus de plus en plus majoritaire sur le génocide commis à Gaza. Et si le rapport mise essentiellement sur l’accusation non prouvée de viols massifs du Hamas, c’est pour tenter de faire pièce aux multiples rapports publiés par les NU et les ONG sur la généralisation des viols et tortures sexuelles commis contre les détenu(e)s palestinien(ne)s.
C’est bien sûr l’accusation relative à de prétendus « actes génocidaires » du Hamas qui prête le plus à rire, tant il a fallu d’impudence aux entrepreneurs de l’extermination des Palestiniens, dont les crimes perpétrés à Gaza ne sont que le couronnement de 8 décennies d’exactions, pour se prétendre victimes d’un génocide commis par le peuple qu’ils martyrisent.
Israël serait donc victime d’actes génocidaires perpétrés par des groupes agissant au nom d’une population à laquelle il fait subir un blocus depuis 20 ans, qu’il écrase sous ses bombes depuis deux ans et demi, tout en l’affamant et la privant à loisir d’eau, d’électricité, d’énergie, d’Internet.
Une telle version des événements n’est pas faite pour convaincre. La commission internationale chargée d’enquêter dans les territoires palestiniens a en effet tout autrement hiérarchisé les crimes respectivement attribués à la résistance palestinienne et à Israël.
Dans la présentation de son rapport soumis le 9 juin 2024 au conseil des droits de l’Homme, la présidente de la commission a affirmé que « les autorités israéliennes sont responsables de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de violations du droit international humanitaire et des droits de l'homme, notamment d'extermination, de meurtre ou d'homicide volontaire, d'utilisation de la famine comme méthode de guerre, de transfert forcé, de persécution sexiste, de violences sexuelles et sexistes assimilables à de la torture et de traitements cruels ou inhumains ».
En revanche, elle a relevé en ce qui concerne le 7 octobre que « le Hamas et d'autres groupes armés palestiniens » ne sont responsables que de crimes de guerre[3].
Un an plus tard, le 17 septembre 2025, la même présidente de la commission d’enquête de l’ONU faisait officiellement le constat documenté qu’« Israël a commis un génocide contre le peuple palestinien à Gaza et qu’il poursuit ce génocide[4] ».
Un lobby pour menacer et persuader
L’invraisemblance de leur thèse « génocidaire » du 7 octobre ne semble pourtant pas décourager les Israéliens qui, assurés du large consensus dont bénéficie leur œuvre criminelle en Israël même, multiplient les campagnes mensongères et les intimidations dans les pays occidentaux pour accréditer l’idée qu’un soutien inconditionnel est dû à Israël, mais aussi aux communautés de la diaspora qui seraient, selon eux, menacées d’une nouvelle shoah. Et c’est essentiellement par l’entremise de l’Europeen Leadership Network (Elnet), une officine dirigée à partir d’Israël et particulièrement influente en Allemagne et en France, que ces campagnes sont menées en France avec un regain d’agressivité remarquable[5].
C’est ainsi que le lobby sioniste international récupère l’argument du génocide brandi contre lui par l’ONU et la plupart des ONG des droits de l’Homme pour en faire accréditer le danger qu’il représenterait pour Israël et qui se préciserait contre les juifs d’Europe après avoir pris corps le 7 octobre dans les kibboutzim enveloppant la bande de Gaza.
Ce lobby utilise en Europe la menace autant que la persuasion. Deux armes complémentaires que lui assure une élite nombreuse dévouée à sa cause sans la moindre réserve, et que bonifie l’apport des millions d’euros dont le dotent ses bienfaiteurs américains.
Un déni qui vaut approbation du génocide
S’il peut y consacrer toutes ses forces et tous ses moyens, c’est parce qu’il peut les économiser en Israël même où le génocide est soutenu par l’écrasante majorité de la population dont une fraction importante déplore même qu’il ne soit pas plus rondement mené. Dans le détail de sondages effectués en 2025, 82% des Israéliens se disent favorables au nettoyage ethnique intégral des territoires palestiniens. Parmi eux, une forte proportion (79%) sont dans le déni obstiné et irraisonné du génocide de Gaza, qui n’est qu’une manière pudique de l’approuver sans compromettre les profits tirés de la mémoire du précédent nazi.
Ce déni, valant blanc-seing octroyé par une écrasante majorité d’Israéliens à leurs politiques et militaires pour exterminer les Palestiniens, a pour conséquence que « l’armée la plus morale du monde » commet sur les ordres de « l’État le plus démocratique du Moyen-Orient » le génocide le plus « démocratique » de l’Histoire.
Et si l’on ajoute que c’est dans les replis des sociétés politiques, civiles et économiques des États occidentaux les plus avancés que se lovent les organisations qui diffusent le négationnisme de la « hasbara » israélienne, les massacres commis par Israël à Gaza constituent le génocide démocratique le plus universel de l’histoire.
[1] https://www.ledevoir.com/monde/moyen-orient/979553/hamas-accuse-violences-sexuelles-systematiques-lors-attaque-7-octobre-2023?
[2]https://www.newindianexpress.com/world/2025/Jan/06/we-dont-have-any-complainants-israeli-prosecutor-says-dept-failed-to-gather-evidence-on-oct-7-mass-rape-claims
[3] https://www.ohchr.org/fr/news/2024/06/commission-inquiry-occupied-palestinian-territory-concludes-israeli-authorities-and
[4] https://news.un.org/fr/story/2025/09/1157475
[5] Elnet, histoire d’un lobby pro-Israël en Europe, Le Monde Diplomatique, juin 2026, pp. 10 et 11.


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