Khaled Satour
Dans l’affaire de l’interdiction de la séance de dédicaces du livre de Fatma Oussedik, il n’est pas indifférent de savoir avec certitude si l’éditeur a procédé à l’enregistrement légal auprès de la Bibliothèque nationale*.
Mais il ne faut pas se payer de mots comme le font les professionnels de la justification de la répression : si le dépôt légal a réellement fait défaut, il suffisait de convier la partie défaillante à réparer son omission
Car, même s'il en est qui font les naïfs, tout le monde a compris que le problème réside dans les méthodes policières mises en œuvre sans la moindre caution judiciaire pour interrompre une rencontre culturelle, confisquer au public présent les livres dédicacées et baisser d’autorité le rideau d’un libraire.
Le reste n’est que mauvaise littérature, verbeuse, fallacieuse, tendancieuse, maitrisant l’art de l’évitement et, au sens psychologique du terme, de la rationalisation. Un exercice qui a ses acteurs invétérés, récurrents, insistants qui se démènent inlassablement sur les réseaux sociaux pour exposer leurs thèses conspirationnistes à la petite semaine : le néolibéralisme, l’impérialisme, la bourgeoisie, l’identitarisme sont pointés du doigt au moindre prétexte. Je ne nie pas qu’il faille critiquer ces phénomènes et ces thèses, les rejeter même sans ménagement, mais encore faut-il pour cela qu’un débat soit possible.
Or, la mesure policière illégale au moyen de laquelle l’ouvrage concerné a été saisi est faite pour empêcher tout débat, c’est-à-dire pour réduire tout le monde au silence, les tenants du pour comme ceux du contre. Et qu’on ne vienne pas soupçonner un tel constat de relever de l’argumentaire démocrate-libéral : le débat est l’essence de la démocratie comprise dans son sens générique et son interdiction généralisée sans autre forme de procès punit tout le monde, toutes classes confondues.
L’objection est d’autant plus irrecevable qu’elle est invoquée au bénéfice d’un État qui a tellement renoncé à ses idéaux anti-impérialistes qu’on a pu récemment observer qu’Alger ne dénonce plus l’hégémonisme sanglant des États-Unis que par la voix d’un pape catholique, lorsque d’aventure il y est de passage.
Et puis il y a pour finir ce mot d’ordre que certains agitent sans trop de discernement : « le renforcement du front intérieur ». Prenons garde à la polysémie de l’expression : un front se dit de l’union de bonnes volontés mais aussi, entre autres acceptions, de la ligne sur laquelle des belligérants se font la guerre.
Lequel des deux "fronts intérieurs" la répression policière renforce-t-elle ?
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* La présentation-dédicace du livre « Les identités rebelles » de la sociologue Fatma Oussedik, prévue samedi 18 avril 2026 à la librairie des Beaux-Arts d’Alger, a été interdite. Vers 16h40, des policiers sont intervenus pour saisir les exemplaires disponibles et ordonner la fermeture immédiate du magasin. L’information a été confirmée par Arezki Aït Larbi, fondateur des éditions Koukou qui publient l’ouvrage.
