Khaled Satour
Je n’ai pas souvenir que la chanson phare de Abdelmadjid Meskoud, El-Assima, ait été autant blâmée pour avoir stigmatisé l’exode rural vers Alger que le prétendent aujourd’hui beaucoup de nécrologues improvisés des réseaux sociaux. J’ai personnellement surtout retenu ce fait politiquement plus significatif qu’elle fut le prétexte à un hold-up culturel sans précédent.
Je veux parler de cet empressement d’une fraction de la classe moyenne algérienne, qui ne nourrissait jusque-là pour les arts et la culture populaires qu’une totale indifférence, quand elle ne les méprisait pas souverainement, à faire main basse sur la musique chaâbi et à la changer en cheval de bataille de la « défense de la République » tout au long de la décennie 90.
Ce sont quelques couplets, dans lesquels l’artiste se désole du détournement de certaines traditions et de rites religieux au profit de pratiques étrangères à la société algérienne, qui ont autorisé ces intrus à s’emparer de la chanson puis à prendre possession du chaâbi, aussi abruptement qu’on investit une place forte idéologique d’intérêt hautement stratégique.
Il faut dire que l’idéologie islamiste avait à ce point contaminé les classes populaires qui ont toujours conféré à ce genre musical la vitalité qui est la sienne que nombreux étaient ceux qui en leur sein ont soudain décidé que les poèmes du répertoire étaient impies et devaient être proscrits de toutes les occasions festives, devenues d’ailleurs intrinsèquement suspectes. Certains chanteurs parmi les plus connus n’ont-ils pas décidé de se retirer de la scène ?
Il n’en demeure pas moins que les élites qui ont procédé à cette confiscation en règle d’un patrimoine populaire n’ont pas résisté à la tentation de l’imposture : elles se sont prétendu les dépositaires d’un art dont elles n’apercevaient, en bons néophytes, que l’intérêt polémique et l’arme conjoncturelle qu’il pouvait tendre à la lutte des classes qui doublait insidieusement leur soutien au pouvoir.
Et ce sont ces mêmes élites qui devaient cautionner les thèses éradicatrices les plus intransigeantes en fermant les yeux sur les pires dépassements répressifs.
Il va sans dire que le regretté Abdelmadjid Meskoud, paix à son âme [1], était étranger à cette manœuvre et innocent de cette imposture. Il n'y avait peut-être dans les paroles qu’il a mises en musique que la poésie et la naïveté de l'expression populaire.
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[1] Le décès de Abdelmadjid Meskoud a été annoncé ce jeudi 14 mai 2026.

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