Khaled Satour
Quel sentiment peut-on éprouver en apprenant qu’un accord relatif à la « protection des biens culturels » conclu en 2024 entre l’Algérie et les États-Unis est entré en application ce jeudi 14 mai ?[i]
Une journée d’étude sur la coopération bilatérale « algéro-américaine en matière de protection et de préservation du patrimoine culturel » a réuni des experts des deux pays au Palais de la Culture d’Alger. On y a discuté de la « protection et de la préservation du patrimoine culturel algérien ».
Lorsque le 7 avril dernier, Donald Trump haussait le ton contre l’Iran en annonçant au monde qu’ « une civilisation entière va mourir ce soir », l’aviation des États-Unis et celle de leur complice israélien avaient déjà détruit ou gravement endommagé en quelques semaines 150 sites culturels et historiques iraniens, dont certains sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco, comme le palais du Golestan à Téhéran et la place Naqsh-e Jahan à Ispahan.
Pourtant ne voilà-t-il pas que les États-Unis, nés à la vie nationale il y a à peine plus de deux cents ans en ne recevant d’autre initiation à l’expertise patrimoniale que la destruction corps et biens des civilisations amérindiennes qu'ils avaient rencontrées sur leur chemin, ne les voilà-t-il donc pas promus au rang de gardiens du patrimoine culturel algérien?
Eux qui, avant de raser des monuments iraniens parfois vieux de 2500 ans, avaient entre autres pratiqué la politique de la terre brûlée au Vietnam puis dilapidé les musées irakiens avant de cautionner la destruction depuis le 7 octobre par Israël à Gaza, non seulement de la quasi-totalité des immeubles d’habitation, mais de plus de 160 sites culturels dont des écoles et universités, des lieux de culte souvent prestigieux, des monuments, des musées et des sites archéologiques.
Ces mêmes Américains, dotés de ce même palmarès, viendraient en Algérie pour protéger des biens qu’ils se sont toujours donné pour vocation de réduire en cendres sous tant d’autres latitudes. On peut les croire et asseoir à la même table qu’eux les malheureux experts algériens commis à la négociation.
Mais on peut aussi en douter sérieusement et supposer que l’Algérie est enrôlée, à la faveur de sa toute nouvelle « real diplomatie », dans une entreprise d’enfumage qui s’apparente à ce qu’on qualifie, dans des domaines comparables, de culture washing.
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