Khaled Satour
Jusque-là, dans l’histoire des délinquants illustres qui ont transformé la prison où ils étaient enfermés en poste de commandement de l’empire criminel qu’ils s’étaient bâti, on connaissait certains parrains de la mafia italo-américaine.
Parmi les chefs historiques du crime organisé new-yorkais, Lucky Luciano avait réussi dans les années 30 du siècle dernier à se faire transférer dans un établissement dont le régime pénitentiaire ne devait pas l’empêcher de recevoir ses complices et de continuer à gérer ses affaires les plus compromettantes.
Un peu plus tard en 1993 en Italie, le parrain de la Cosa Nostra Toto Riina transmettait ses ordres à ses hommes de main à partir d’une prison de Milan où la vidéosurveillance l’a même filmé en train de commanditer l’assassinat d’un magistrat.
Mais, s’il est vrai que ces criminels savaient s’acheter les complicités nécessaires à leurs magouilles, on ne peut pas dire qu’ils bénéficiaient ouvertement des faveurs de l’institution judiciaire.
En cela au moins, Marine Le Pen aura innové en incitant, par toutes sortes de pressions, la cour d’appel de Paris à lui aménager des conditions d’exécution de sa peine qui ne l’empêchent pas de réaliser ses projets à partir de son lieu de détention : à travers des fonctions partisanes mais aussi une candidature à l’élection présidentielle.
Il faut savoir en effet que la cour d’appel a bel et bien condamné le 7 juillet Marine Le Pen à de la prison ferme. Elle a seulement aménagé cette peine en la convertissant en détention à domicile sous contrôle électronique, ce qui reste une peine privative de liberté. La preuve en est que l’administration pénitentiaire doit placer sous écrou toute personne ainsi condamnée avant de la prendre en charge pour la durée de la peine aménagée.
Il est donc très significatif de la perversion de l’État de droit français que la juridiction d’appel de la capitale ait rendu au profit de la responsable d’un parti d’extrême droite, qu’elle qualifie pourtant de voleuse en chef de l’argent des contribuables, l’arrêt le plus favorable possible à ses desseins électoraux et à ses projets de conquête du pouvoir, en veillant d’une part à réduire la peine d’inéligibilité prononcée contre elle en première instance et en l’appelant (en la priant presque instamment !) d’autre part à se porter candidate à la présidentielle tout en étant en détention.
La contamination du raisonnement juridique de la cour par des considérations politiques confinant au parti-pris ressort implicitement de la décision qui, après avoir constaté que les délits commis par la prévenue constituent une « atteinte majeure aux valeurs républicaines », justifie contre toute logique sa clémence au nom de « la liberté de choix de l’électeur ».
La justice française ne met pas seulement ses lieux de détention pénitentiaire au service de sa campagne, elle pousse les électeurs et pourquoi pas la société française toute entière dans ses bras.
La mafia raciste et islamophobe française réussit, grâce aux juges parisiens, à convertir en privilèges officiels les passe-droits que la mafia traditionnelle n’avait pu obtenir que par la corruption.

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