Depuis que j’ai interrompu la publication de mes opinions et analyses de l’actualité, en mai dernier, le monde n’a pas cessé d’être plus ouvertement cynique.
C’est ainsi que les États-Unis ont fait voter par le Conseil de Sécurité le 31 octobre 2025 la résolution 2797 retenant la proposition marocaine d’autonomie comme seule solution au problème du Sahara occidental.
Cela a encouragé les médias et des intellectuels marocains, exprimant une opinion partagée par l’écrasante majorité de leurs compatriotes, à renier, en même temps que leur dignité, toute la légitimité qu’ils invoquaient pour la cause de « la marocanité » du territoire. Ils préfèrent désormais fonder leurs certitudes sur la puissance hégémonique américaine dont ils attendent qu’elle impose à tout le monde sans coup férir la solution qui entérine la brutale occupation militaire du Sahara occidental.
C’est une évolution qui est souvent résumée comme un prétendu passage de « l’orthodoxie » au « réalisme », c’est-à-dire une régression du droit et notamment du droit à l’autodétermination vers la violence coloniale.
On ne sera pas autrement surpris de relever que certains analystes algériens aient décidé de faire connaître leurs approches du problème sur cette même longueur d’ondes du « réalisme ». Le plus prolixe d’entre eux est sans aucun doute Noureddine Boukrouh, interlocuteur bien aimé des castes colonialistes marocaines qui lui savent gré de ne leur apporter un semblant de contradiction que dans le respect scrupuleux des limites qu’elles ont décidé d’assigner au débat.
C’est lui qui écrivait il y a quelques mois que « le choix laissé au Polisario n’est plus entre le statut d’autonomie et l’indépendance, mais entre l’autonomie et le statut de terroriste ». Une incitation à peine voilée à la reddition avant même que le combat ne s’amorce. Car le conflit est certes vieux de plusieurs décennies mais le défi lancé par Trump est à peine lancé. Pourquoi supposer d’entrée de jeu que le Polisario, au contraire des mouvements de libération qui l’ont précédé, ne serait pas déterminé à vendre chèrement sa peau ?
Il est dommage que les négociations entamées en ce mois de février, d’abord à Madrid puis à Washington, fassent l’objet en Algérie d’un black-out médiatique et politique quasi-total. La voix de l’Algérie n’est plus, sur des questions aussi sensibles que celle-ci, aussi tonitruante que jadis.
D’aucuns assurent que c’est là aussi une marque de réalisme qu’il faut saluer. Encore faut-il être sûr que la pusillanimité n’y est pour rien. On aurait au moins voulu que les communicants algériens sèment dans leur sillage, à la manière du Petit Poucet, assez de cailloux pour qu’on puisse suivre leurs traces.
Mais en vérité peu importe : cette affaire est celle des Sahraouis dont des dizaines de milliers ont été poussés il y a 50 ans à l’exode par les bombardements au phosphore blanc et qui ont depuis lors subi les exactions des polices et forces armées de l’occupant pendant que les richesses de leur pays étaient livrées au pillage.
Autant de raisons pour lesquelles je miserais plus volontiers sur leur résistance obstinée que sur les caprices de Trump.

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