jeudi 9 novembre 2023

MEDIAPART : « LE PRIX DE LA LIBERTÉ » *

Khaled Satour

Il n’est pas contestable que Mediapart traite l’actuelle guerre en Palestine avec une information relativement équilibrée qui le distingue de l’hystérie médiatique pro-israélienne à laquelle on assiste en France. Mais il respecte les lignes rouges intransgressibles et sacrées destinées à protéger l’image d’Israël et de son armée et à stigmatiser la résistance palestinienne comme terroriste. Et il le fait au besoin en alimentant la désinformation pure et simple qu'il peut pourtant invoquer à l'occasion pour censurer ses abonnés.

C’est ainsi qu’il a dépublié le 3 novembre un commentaire que j’ai fait sur le fil de discussion d’un de ses articles pour « fausses nouvelles utilisant la désinformation et la propagande mensongère » (Cf. Captation ci-dessous).

J’ai répondu par un mail du 3 novembre justifiant mon écrit par des sources puisées notamment dans la presse écrite et télévisuelle israélienne et que j’avais déjà mentionnées dans un billet de blog et un précédent commentaire. N’ayant pas reçu de réponse, j’ai fait un mail de relance le 7 novembre, sans succès. Voici donc le mail que je leur ai adressé ce 9 novembre pour clore la discussion :

« Bon, j’ai compris que vous ne répondrez pas. Après tout, un commentaire dépublié, ce n’est pas un drame au regard de ce qu’il se passe dans le monde.

Ça a juste le mérite de clarifier les choses : Mediapart compte sur ses abonnés pour préserver son indépendance. Mais les abonnés de Mediapart peuvent compter sur lui pour soumettre leur liberté d’expression à son contrôle souverain. La relation est verticale, hiérarchique, disciplinaire, sans le moindre droit à la défense.

Mais ce n’est pas si grave. Ce qui l’est en revanche, c’est que vous avez pratiqué la désinformation sur ce qui se passe en Palestine depuis le 7 octobre. Vous avez occulté les informations sur les attaques militaires de la résistance palestinienne pour ne retenir, comme la presse française de caniveau que vous méprisez, que des attaques contre les civils dont on sait que des dizaines ont été tués par des tirs de leur armée. Vous avez dénaturé les faits en dissimulant que plusieurs bases et centres de l’armée ont été occupés par les assaillants.

Le 20 octobre, Haaretz a publié un long article de son analyste militaire décrivant comment, d’après le général de brigade Avi Rosenberg, commandant de la division de Gaza cantonnée près d’Erez, l’armée israélienne a perdu les pédales au point de faire intervenir l’aviation pour bombarder ses propres troupes :

« Le Bureau de coordination et de liaison a été attaqué le 7 octobre, ainsi que tous les avant-postes situés le long de la ligne de démarcation de la division. Une importante force du Hamas s’est emparée du point de passage d’Erez, qui était fermé pour la fête de Sim'hat Torah. De là, en quelques minutes et sans rencontrer de résistance, ils ont avancé dans la base militaire, tuant et kidnappant les soldats de l’administration civile, bien que quelques-uns d’entre eux aient réussi à riposter avant d’être touchés. [...] Le général de brigade Rosenfeld s’est retranché dans la salle de guerre souterraine de la division avec une poignée de soldats, hommes et femmes, essayant désespérément de secourir et d’organiser le secteur attaqué. De nombreux soldats, dont la plupart n’étaient pas des combattants, ont été tués ou blessés à l’extérieur. La division a été contrainte de demander une attaque aérienne contre la base elle-même afin de repousser les terroristes. »

Vous avez préféré relayer les balivernes de l’état-major israélien destinées à « prouver » que les attaques ont été menées par une organisation terroriste massacreuse de civils et non par une armée de résistance.

Un de vos articles disait que les Palestiniens de Gaza méritaient la « pitié ». Il se seraient contentés de la vérité. Mais Jean Jaurès parlait du courage qu'il fallait pour « dire la vérité ». Ce courage vous a manqué cruellement.

Bien à vous. »