mercredi 28 juillet 2010

LA VILLENEUVE DE GRENOBLE :UNE CITE SOUS ETAT D’EXCEPTION

Khaled Satour
Je vais présenter quelques observations sur les événements qu’a vécus la Villeneuve de Grenoble en cette deuxième quinzaine de juillet 2010. Pendant plusieurs jours, le fait d’habiter ce quartier a plutôt été un handicap pour le jugement tant celui-ci exige, je m’en rends compte une nouvelle fois, un minimum de distance.
Au début, c'est-à-dire à partir de cette matinée du vendredi 16 juillet où les faits qui ont tout déclenché ont été connus, je n’ai pensé qu’à la mort, dans la nuit du 15 au 16, du jeune Karim Boudouda, ayant très vite découvert que sa mère était ma voisine de palier. Tout au long de la semaine, passant et repassant devant sa porte et croisant les nombreuses personnes qui venaient lui rendre visite, je méditais les événements de ce seul point de vue : quel était ce déterminisme singulier, cette fatalité tragique, qui avaient poussé le jeune homme, poursuivi par la police à 1 heure du matin, à prendre la direction du quartier de son enfance pour venir s’écrouler sous les balles à 200 mètres à peine de la maison de sa mère ? J’ai pu voir dimanche 18 l’endroit précis, face au 30, Galerie de l’Arlequin, où son corps est resté couché pendant près de quatre heures, exposé à découvert au regard de tant de jeunes qui le connaissaient et je ne laissais pas de m’interroger sur ce que ce temps suspendu pouvait rétrospectivement ajouter au fardeau du deuil.
Je ne peux pas dire que j’ai été témoin des événements. Ceux-ci se sont déroulés la nuit essentiellement, dans un rayon relativement restreint autour du lieu où le jeune braqueur a trouvé la mort, mais dans un enchaînement et selon une logique qui les soustrayaient à la vue d’un spectateur occasionnel et isolé cantonné à son poste d’observation. Et dans les épisodes de répit, on apprend peu de choses par ouï-dire car les gens répugnent à échanger au hasard des rencontres.
Mais il n’importe, je peux tirer quelques enseignements de la situation générale résultant des faits et surtout de la manière dont on a rendu compte des événements et des dispositions prises en réaction. Je les développerai en deux points.

1. Sur le fait générateur des événements : la mort de Karim Boudouda
Quelle que soit l’évaluation que l’on peut faire des désordres qui se sont produits dans le quartier, le fait le plus grave reste cette mort. Il devrait toujours en aller ainsi en pareille circonstance : s’il y a mort d’homme, aucune diversion ne saurait en distraire l’attention.
Comme ce fut le cas pour les émeutes de 2005, et comme ce fut le cas pour les incidents qui se sont produits depuis lors dans les cités sur une échelle plus réduite, c’est la mort d’un jeune issu de l’émigration, impliquant la police, qui a déclenché les désordres. Sans doute, le jeune homme venait-il de participer au braquage du casino d’Uriage. Sans doute était-il un braqueur multirécidiviste. Mais l’instinct (certains diraient le calcul) qui lui avait commandé de faire son ultime repli sur le quartier de son enfance, avec la police à ses trousses, avait d’emblée compromis toute chance que cette affaire soit jamais vécue comme un banal fait-divers. L’enquête sur les circonstances de sa mort, en dehors même du devoir qu’en fait la loi aux autorités, constituait (et constitue encore) un enjeu crucial pour l’évolution de la situation.
Dès le premier jour pourtant, on n’a pas su tolérer le moindre doute sur les circonstances de cette mort. La réserve qui aurait dû commander d’attendre le résultat des expertises était pourtant, ne serait-ce que pour la forme, indispensable. Je n’attendrais personnellement rien de l’enquête, sachant que la politique sécuritaire du pouvoir actuel requiert une immunité à toute épreuve de la police. Il n’en demeure pas moins que, à défaut de ce respect minimal des formes, j’ai encore moins de raisons d’accorder à la thèse officielle de la légitime défense des policiers plus de crédit qu’à la thèse – tout aussi invérifiable – que j’entends bruire depuis plusieurs jours à la Villeneuve : Karim Boudouda a été délibérément abattu par la police et, dans la version la plus populaire, il a été achevé à terre. Car les choses sont ainsi faites que lorsque les procédures légales de vérité sont court-circuitées, il n’y a rien à opposer à la séduction de la rumeur.
Je le répète, le sujet que l’on a dédaigné d’une façon si résolue était d’une extrême sensibilité : Karim Boudouda, venu mourir devant le 30, Galerie de l’Arlequin, est resté exposé pendant près de quatre heures au regard des habitants. C’est la brigade anti-criminalité (BAC) qui a tiré la balle mortelle, c’est-à-dire l’unité de la police la plus honnie sur le quartier, celle qui s’illustre, dans toutes les cités de France, par la brutalité de ses procédés et l’extrême violence de ses provocations racistes. Cette brigade, nous dit le Dauphiné Libéré incidemment, sans en tirer de conclusion, a pris en chasse les braqueurs d’Uriage, alors qu’elle se trouvait « précisément sur la commune – pourtant située en zone gendarmerie » (édition du 17 juillet). Cette indication fournie de façon anodine suscite une interrogation : la BAC était-elle habilitée à intervenir et de façon si dangereuse ? Selon des témoignages convergents, ce furent, après la mort du jeune homme, des heures de face-à-face entre les jeunes du quartier et les agents de la BAC, des heures durant lesquelles les pires invectives ont été échangées, beaucoup ayant eu le sentiment que les policiers se livraient à une danse du scalp autour de leur trophée. Mais à cet instant-là – qui sait ? – la révolte de certains jeunes de la Villeneuve n’était peut-être pas écrite.
On aurait eu l’occasion d’en juger si le procureur de la République n’avait pas déclaré d’emblée que les policiers avaient tiré en état de légitime défense et si tous les médias n’avaient pas relayé cette opinion comme une information attestée. Par la suite, il aurait fallu que le Dauphiné Libéré ne s’empresse pas de titrer en une le samedi 17 : « La police riposte, un braqueur tué » ; que, ayant relevé la nécessité pour l’inspection générale de la police « de faire la lumière sur les circonstances de la fusillade au cours de laquelle les policiers ont abattu le suspect dont le corps sera autopsié aujourd’hui », sa journaliste n’ajoute pas aussitôt que « au vu des éléments dont ils disposent déjà, la thèse de la légitime défense semble indiscutable ». Car dès lors, à quoi pouvaient encore servir l’enquête et la dite autopsie ?
Comment expliquer ce consensus prématuré entre les autorités, toutes compétences confondues, et la presse, sachant que celle-ci se limite à un seul quotidien, lié aux milieux d’affaires et aux notables ?
Comme à son habitude, la communication officielle a tronqué et raccourci, sans égard pour les conséquences. Et cette fois-ci encore, au nom d’un péril à conjurer, d’une « guerre » à mener.

2. Sur la « guerre » confiée à la force armée de l’Etat dans la Villeneuve
On ne dira jamais assez que la guerre n’est déclarée, sinon menée, que pour disqualifier tous les autres recours.
Dès le premier jour, la presse a titré sur l’ « armement de guerre » utilisé contre la police par les deux braqueurs du casino d’Uriage, les autorités ont parlé d’ « armes lourdes » et il m’a bien semblé entendre le procureur de la République dire que les assaillants avaient une « mitrailleuse ».
Le préfet de l’Isère a été limogé et remplacé par un ancien gradé de la police. Il a presque applaudi à sa propre éviction, au nom de la "guerre" qu’il fallait mener contre la délinquance. Peut-être se satisfaisait-il ainsi à demi-mot de n’être pas le soldat que requérait pareille entreprise. Car le ministre de l’intérieur, dépêché dimanche 18, à Grenoble venait d’instaurer une sorte d’Etat d’exception. Auparavant, en guise de transport sur les lieux, il s’était arrêté une dizaine de minutes, sous haute protection, dans un coin de parking en retrait de l’Arlequin, non loin d’une déchetterie. Louable discrétion, au demeurant, venant d’un ministre qui ne s’était pas déplacé pour apaiser les esprits et qui venait d’être condamné quelques semaines plus tôt pour « injure raciale ». Devant la presse, et après avoir dénombré les effectifs qui seraient mobilisés à la Villeneuve, il a déclaré :

Les forces de sécurité ont reçu pour mission de mettre un terme aux violences, de rechercher les fauteurs de troubles et de les déférer à la justice. Au-delà de cette réponse immédiate, j’ai demandé au préfet de l’Isère d’organiser, dès cette semaine, en liaison avec le maire de Grenoble et le procureur de la République, une réunion rassemblant l’ensemble des acteurs publics locaux concernés (forces de sécurité, services de l’Etat, services fiscaux, services sociaux, acteurs associatifs, etc.). Cette réunion aura pour objet de faire un point d’ensemble sur la situation locale et d’arrêter les réponses spécifiques et concrètes à apporter pour une sécurité durable à Grenoble et tout particulièrement dans le quartier de la Villeneuve. (Le Dauphiné Libéré du 19 juillet).

Un programme en deux volets qui livre le quartier à la police pour le court et le moyen terme. L’Etat réduit sur la Villeneuve à sa quintessence, la force armée, c’est la révélation d’une réalité que les discours de notre époque, voués à justifier l’exigence républicaine de la mission sécuritaire, avaient fini par occulter. Car cette force armée, nombreuse, entraînée, prête à tout moment à intervenir, est la composante la plus spécifique de l’appareil de l’Etat. Elle est au fondement de ce que l’on dénomme la force de la loi. Cependant, en période de paix civile, la crédibilité de l’Etat de droit impose de ne pas abuser de ses manifestations. Il est rare qu’elle s’exhibe ainsi aux regards d’une collectivité d’habitants sur une période aussi longue sous la figure de l’hyper force publique. On lui impose d’ordinaire de la retenue même dans les périodes de troubles graves. Au plus fort des émeutes de mai 1968, l’Etat avait mis en route les chars de l’armée mais il les avait prudemment dissimulés sous les arbres de la forêt de Rambouillet, cette présence-absence ayant suffi pour peser sur les événements. La paix civile a-t-elle à ce point vacillé à Grenoble que la force armée ne se soit pas arrêtée au milieu du gué ? Le péril qui menaçait en ce mois de juillet 2010 était-il si grave qu’il ait fallu faire tourner pendant plusieurs nuits un hélicoptère de la gendarmerie sur la Villeneuve et faire patrouiller au milieu de la population, dans les galeries de l’Arlequin, en plus des brigades anti-émeutes, les impressionnantes unités du GIPN, avec leurs casques, leurs cottes de maille et leurs gros calibres ?
Et pour l’avenir, quelle approche M. Hortefeux nous a-t-il proposée ? La justice, les services de l’Etat, les services fiscaux et sociaux, les associations elles-mêmes, placés pour une période indéterminée sous les ordres du ministre de la police, c’est-à-dire l’Etat de police proclamé dans la Villeneuve. Et de fait, pendant ces nuits où la police a les pleins pouvoirs dans le quartier, on fouille les caves (brisant au besoin les portes ou abattant des pans de murs pour y accéder) et certains appartements, on réactive toutes les enquêtes en cours pour rechercher les délinquants, les trafiquants et leurs produits illicites. On fait avancer de vieux dossiers ! Autrement dit, la mission de rétablir l’ordre dévolue à la police s’est éloignée de sa cause initiale et sous couvert de ramener la tranquillité et la sécurité, on a ratissé dans toutes les directions. Une mission ponctuelle s’est prolongée en entreprise de police multiforme qu’une action d’organismes publics et privés hétéroclites coordonnés par les forces de sécurité est appelée à accompagner. Dans une telle perspective, les services fiscaux et sociaux seraient sommés de mettre leurs fichiers au service de l’action répressive et les « acteurs associatifs » de se mettre au garde-à-vous.
Or, le télescopage du braquage d’Uriage avec le mécontentement rageur de certains jeunes de la Villeneuve ne saurait justifier que l’enquête menée contre le banditisme englobe la politique à conduire auprès de la jeunesse du quartier. Ce mardi 27 juillet, on apprenait la découverte d’armes dans le sous-sol du bar de l’Arlequin au moment où le ministre de l’intérieur annonçait des mesures pour protéger les policiers de la BAC, qui auraient fait l’objet de menaces de mort. Le Dauphiné Libéré rappelle à cette occasion que depuis le début des événements, les policiers « avaient été ouvertement menacés de mort par des habitants du quartier de la Villeneuve » et cette indéfinition dans l’incrimination peut tenter les amateurs de généralisations. Plus loin, le journaliste y va d’une interprétation inspirée des propos entendus dans la bouche de responsables des syndicats de policiers :

Les menaces explicites qui pèsent aujourd’hui sur les hommes de la BAC témoignent d’un état d’esprit particulièrement inquiétant : pour les délinquants du quartier, les policiers apparaissent en effet comme les membres d’une bande rivale venus tuer l’un des leurs sur leur territoire, et non plus comme des garants de la sécurité et de l’ordre républicain.

Sur ce dernier point, nous avons l’aveu perspicace d’une réalité même si elle s’édicte sous la forme d’une demi-vérité instrumentalisée : il n’y a pas que les « délinquants » qui ont du mal à considérer les policiers comme « des garants de l’ordre républicain » parmi ceux qui espèrent encore quelque chose de cet ordre-là.
Pour le reste, cette interprétation est un tissu d’amalgames. On y mélange la Villeneuve, territoire de tous les échecs pour une grande partie de sa jeunesse et une autre Villeneuve, territoire de concentration de toutes les délinquances, dont l’existence reste à démontrer. Car la délinquance a certes ici une forme locale faite de trafics et d’agressions somme toute de gravité relativement mineure pour laquelle l’identification à un espace territorial et sa défense contre les incursions hostiles est une réalité. Mais je ne crois pas que le banditisme, qui opère des braquages et pourrait recourir, comme on l’affirme, aux « lance-roquettes », y ait constitué une patrie. Par vocation, il tisserait plutôt ses mailles à l’échelle de l’agglomération, pour le moins. Il n’a rien à voir avec une de ces bandes de cité qui aurait pris la Villeneuve pour territoire. Et il est alors difficile de croire qu’il faille appliquer le même traitement aux soubresauts et aux déviances d’une infime partie de la jeunesse de la cité et à la grande délinquance.
Cette référence à une lutte grégaire pour un territoire qui serait à la fois un ghetto social dangereux et un repaire du banditisme ne me paraît être qu’un élément du langage de guerre retenu. Une guerre requiert l’assignation d’un ennemi sur un champ bataille. Pour les manœuvres de la force armée de l’Etat qui se déroulent à la Villeneuve, on a pu vérifier que la réunion préalable de ces deux éléments sur le même site était une belle commodité. Le quartier a la configuration d’un champ clos. On ne passe pas par la Villeneuve, on ne s’y engage pas distraitement au détour d’une rue. On y entre, comme dans un monde. Dans l’Arlequin-Nord, théâtre de l’essentiel des événements, les galeries délimitent l’accès dont le franchissement vous fait quitter la ville pour côtoyer une population qui y paraît, en temps normal déjà, assignée à demeure. La transition est d’autant plus surprenante que le quartier n’est pas une banlieue distante, comme certains ensembles de la région parisienne.
Pour un pouvoir qui a opté, sans égard aux priorités authentiques de la Villeneuve, pour la gesticulation sécuritaire, cet espace différencié se prête aux expéditions armées et le quartier a donné ces derniers jours l’apparence d’une enclave prise d’assaut, tout près d’une ville qui vivait au rythme des (autres) animations estivales.
L’Etat d’exception que le ministre de l’Intérieur a taillé aux mesures de la Villeneuve n’était certainement pas le moyen approprié de traiter les suites dramatiques de la mort du jeune braqueur d’Uriage. Mais il est tellement plus facile à entreprendre et plus rentable politiquement que ce fameux (et fumeux) plan Marshall promis à tous les quartiers « en difficulté ».

34 commentaires:

Mourad a dit…

La BAC me rappelle les flics algériens. Les policiers de Bouteflika et son système sont à 99,9999 pour cent incultes, magouilleurs et jouent au rambo en provoquant une population qui est impuissante devant leurs agissements jamais sanctionnés.
Merci pour votre contribution qui met le doigt sur les vrais problèmes et cela sans tomber dans les excès (rumeurs) colportés ça et là.

Jean-Charles Duboc a dit…

Pour le rétablissement de la police de proximité, mais avec des grands voiliers :

http://euroclippers.typepad.fr/mon_weblog/pour_le_rtablissement_de_la_police_de_proximit_mais_avec_des_grands_voiliers/

Bien à vous
JCD
http://euroclippers.typepad.fr/

Anonyme a dit…

merci pour ce très bon texte

BERANGER a dit…

Habitant aussi à Villeneuve et au 30 justement, mais actuellement en vacances, mes voisins de toutes origines et tous traumatisés m'ont relaté les faits tels qu'ils sont décrits dans ce texte.. Il est indispensable pour 'remettre les pendules à l'heure'.

Anonyme a dit…

Merci pour la qualité de votre article (aussi bien sur la forme que sur le fond). Habitant et travaillant non loin de la Villeneuve, mais ayant vécu les événement de l'étranger,je demeurais consterné par le type de réactions lues ici ou la sur l'Internet a la suite de la mort de K.Boudouda. Votre article est peut-être la preuve que l'idéal républicain (le veritable, pas celui de qui vous savez) n'est pas tout a fait mort. A ce titre une fois encore merci!

Anonyme a dit…

Sur fdesouchecom on vous a habillé pour les dix prochains hivers mais malgré ça vous pouvez prendre votre fatma et vos yaouelds et rentrer dans votre kheima au bled pour éviter les prochaines grippes françaises inoculées par notre BAC. Mais si vous voulez restez vous^êtes le bienvenue mais de grâce faites nous un topo sur l'Algérie et les massacres de sauvages qui se produisent jusqu'à nos jours , si j'ai bien lu 200 000 morts, c'est qui a fait ça ? votre BAC !!!
Sans rancune.

Anonyme a dit…

Heureuse d'avoir pu lire ce texte qui remet quelques pendules à l'heure.
Merci à vous.

Christine, habitante de "cité sensible" (euphémisme pour ne pas dire "cité de relégation")

Anonyme a dit…

C'est effectivement intéressant d'avoir un point de vue local sur ces évènements.
Cela dit, il me reste toujours difficile de considérer la mort d'un braqueur comme un drame qui dénote le caractère fasciste de la police française : aujourd'hui comme avant, ici comme aux Etats-Unis ou en Asie, que le braqueur soit un maghrébin ou un breton d'Action Directe, la règle du jeu évidente pour n'importe qui c'est qu'un braquage à main armée suppose le risque d'une mort violente sous les balles de la police.
Se pose toujours la question des circonstances du drame. Si je veux bien croire que la police se comporte dans nos cités avec une brutalité et un manque de respect inacceptables (vu que même ailleurs elle est généralement très aggressive), j'ai du mal à croire qu'elle puisse tuer un type sans raisons dans un quartier sensible, alors même qu'elle s'attend à plusieurs jours d'émeutes qui tournent rarement à son avantage.
Mais peut-être que je me trompe...
Enfin, je ne peux que déplorer comme un fait le manque absolu de confiance qui règne entre le pouvoir et la population française (de cité ou de campagne, de souche ou pas). En quelques années, le climat social dans ce pays est devenu ultra tendu, et rien n'est fait d'un côté (le pouvoir) comme de l'autre (le peuple) pour calmer le jeu et discuter.
Je suggère aux gamins qui tirent sur des flics de plutôt s'intéresser aux thèses des Black Panthers américains : si ceux-ci avaient des armes, c'était dans une perspective légaliste (port d'arme autorisé en Californie du moment que l'arme est visible) et seulement pour la protection contre les flics. Ils distribuaient aussi des repas chaud, organisaient l'éducation populaire et toutes sortes de services sociaux et pourchassaient sans pitié les dealers et autres délinquants de leurs quartier.
Je pense que les habitants des cités sensibles sont les premiers à souffrir de ces gamins desespérés qui feraient n'importe quoi pour exister...

moi... français & algérien a dit…

Bonjour à tous...
Un jeune homme est mort... c'est triste...
Mais... il me semble qu'il avait "braqué" un casino... donc, est-ce un jeune homme tué par des policiers ou un voleur poursuivi par des policiers qui a perdu la vie en opposant une résistance et en refusant de s'arrêter?
La réaction de ses camarades du quartier et de tous ces profiteurs qui saississent l'occasion pour manifester fait que les policiers, gendarmes et autres représentant de l'ordre finissent par tous nous assimiler...

Pensez-y!
Je suis français d'origine Algérienne donc on peut difficlement me taxer de racisme,,

Anonyme a dit…

Oui, j'aime bien votre papier aussi. Mais la thèse du Chapitre 1 m'amuse un peu: Le reproche qui est fait aux médias et aux autorités de parler de légitime défense... Alors qu'évidement rien n'est versifier par la justice. L'objet est évidement de ne pas envenimer la situation. Et vous analysez que l'effet obtenu est contraire. Ca me semble a la limite d'un procédé de manipulation.
Par ailleurs, et sous resserre que l'enquête confirme les soupçons, j'aimerai des commentaire que dise qu'il est somme toute normal qu'un braqueur se fasse flinguer par la police. De même il est normal d'essayer de maintenir l'ordre. La méchante police, c'est un discours un peu facile.
Mis l'émotion change tout...

Anonyme a dit…

Merci Khaled pour vos propos d'une grande tenue. Très dignes, et tellement plus intelligents que la plupart des déclarations à la télé-radios-journaux.
Vos observations de terrain montrent que vous avez le sens des réalités, celui-là même qui fait tant défaut aujourd'hui à nos politiques publiques, décidées au mépris des gens de peu.

Anonyme a dit…

@ fdesouche, le commentateur précédent:que vous êtes bête (et raciste mais ça va ensemble), pourquoi venir dénigrer ici quelqu'un qui est manifestement plus intelligent que vous?
Et puis, cultivez-vous, c'est l'Algérie qui a payé le plus lourd tribut au terrorisme islamique, seuls les imbéciles accusent l'armée.Si elle n'avait pas été là, vous auriez eu une république islamiste juste en face de chez vous...

Anonyme a dit…

Bel article, merci.
C'est quoi, fumierdesouchecom?

Christophe Lemercier a dit…

bonjour, j'ai beaucoup de réserves quant au fond de votre article. En effet, vous reprochez au gouvernement français ainsi qu'au procureur de la République d'adopter une communication précipitée et peu nuancée. La BAC=les gentils de toute façon irréprochables, les jeunes fauteurs de troubles=les méchants à neutraliser, coupables avant même d'avoir été jugés. Je suis entièrement d'accord avec vous. Ce n'est pas juste. Mais ne seriez-vous pas coupable du même travers? Je retiens de votre article que le gouvernement, la presse et la BAC=les méchants provocateurs, les jeunes fauteurs de troubles=les gentils qu'on est venu provoquer, notamment avec une danse du scalp.Je vous rappelle qu'on est ici face à un événement déclencheur gravissime: vol à main armée suivi d'échange de tirs des 2 côtés! Les agents de la BAC sont intervenus et ont risqué leur vie pour empêcher ce genre de délits et de crimes qui minent une société basée sur le respect de la personne et de la propriété privée. Leur présence est indispensable et salutaire. Vous semblez oublier ce point important. Nous pouvons tous leur en être reconnaissant, y compris vous. Cependant, si la réaction de l'autorité est uniquement brutale et violente, en paroles et en actes, on peut le déplorer et se demander si elle sera efficace. Elle peut même être contre-productive. Vous avez raison. Elle répond néanmoins à un besoin de la population d'être rassurée. Vous donnez votre avis en tant que membre du quartier. Vous répondez ainsi à un besoin de compréhension, de mise en avant de circonstances atténuantes, de protection de votre quartier. Et je vous comprends. Mais vous le faites de manière complétement déplacée. Vous victimisez les auteurs présumés de délits et de crimes et stigmatisez les forces indispensables au maintien de la paix. Vous semblez vouloir absolument condamner les policiers et les autorités sans leur trouver aucun mérite ni aucune circonstance atténuante. Vous faites exactement ce que vous reprochez aux autres. C'est très dangeureux ce que vous faites. Christophe Lemercier

Anonyme a dit…

On vous a fiché à la BAC.
Maintenant on va vous avoir à l'oeil. Ici c'est la France.

Anonyme a dit…

Le 4 Aout 2010, j ai croisé une vingtaine de camion de CRS sur l'autoroute, vers 14 H qui montait vers grenoble. il etait à une 40 aine de km au Sud et semblait venir de PACA en renfort..

Merci pour ce très bon texte clair et bien construit.

Souleymane a dit…

ce qui est dangereux, c'est pas le fait que c'est petits flics qui s'octroient le monopole de la violence font de la provoque dans les quartiers, mais c'est le fait que la hiérarchie en costume cravate se trouvant au bureau du poste de police jusqu'à l'élysée organise, favorise et structure cet atmosphère. Où est le profit? En faire une société pénale.

Anonyme a dit…

Pourquoi Monsieur Satour devrait-il faire un topo sur l'Algérie? Ou sur le Mexique, l'Iran, le Danemark?? Un citoyen francais s'exprime. Avec brio, de plus. Tant dans le fond, le propos est le plus constructif et le plus respectueux des lois que j'ai pu lire ou entendre jusqu'à ce jour, que dans la forme: "...lorsque les procédures légales de vérité sont court-circuitées, il n’y a rien à opposer à la séduction de la rumeur", très belle phrase parmi d'autres.
Je ne m'étais jamais posé la question avant l'ouverture de ce débat-spectacle de l'hiver dernier, mais les mots que j'entends en lisant ce texte sont ceux d'un véritable défenseur de la République, à fortiori de la France et de son identité.
Merci.

Peace

Un francais de longue souche exilé

Jean-philippe a dit…

« sachant que la politique sécuritaire du pouvoir actuel requiert une immunité à toute épreuve de la police »

Si c'était le cas votre quartier serait jonché de cadavres, je rigole en fait personne n'aurait joué au con tout court. C'est parce-que la police francaise fait partie des 10 moins offensives du monde que des emeutes à petite échelle peuvent avoir lieu.

« Karim Boudouda a été délibérément abattu »

Quand on tire sur quelqu'un il n'arrive plus que ce soit pour le faire danser comme au temps des cow boys.

 les choses sont ainsi faites que lorsque les procédures légales de vérité sont court-circuitées

faut pas être juriste ou faire des études de droit si on ne fais pas confiance au système judiciaire

il n’y a rien à opposer à la séduction de la rumeur.

Si si, par exemple que c'est une rumeur

C’est la brigade anti-criminalité (BAC) […]celle qui s’illustre, dans toutes les cités de France, par la brutalité de ses procédés et l’extrême violence 

Un crs ça donne des coups de matraque, c'est une variation parmis d'autres dans les métiers du maintien de l'ordre adaptée à ce à quoi elle est confrontée (manif, casseurs, forcenés).
Ben là c'est pareil la BAC est adaptée à la délinquance, sa particularité est d'être plus offensive que la police en uniforme.


On aurait eu l’occasion d’en juger si le procureur de la République n’avait pas déclaré d’emblée que les policiers avaient tiré en état de légitime défense

Même si c'était le cas il vaut mieux mentir aux crétins que déclencher des troubles importants à l'ordre public. Ce n'est pas à vous résidants d'en juger c'est le travail de la police. Alors restez à votre place en attendant le verdict comme tout le monde.

Partie 2 à suivre j'en ai marre

Au plaisir Khaled Satour

Anonyme a dit…

Khaled Satour a publié plusieurs articles sur la tragédie algérienne,dénonçant avec force les massacres commis par le pouvoir et ses services de sécurité.Affirmer le contraire,avec un tel déferlement de racisme, comme le fait l'Anonyme de fdesouchecom, relève de la mauvaise foi.

FORNEY a dit…

Je connais les manipulations de la police et de la justice. Quand il s'agit de protéger les intérêts de leurs réseaux, ils sont prêt à tout même à l'illégalité et j'en subi depuis 12 ans les plus graves délits comme des milliers d'autres personnes qui refusent de se soumettre aux abus de pouvoirs. J'ajouterai un lien à cette page sur ma page internet :
http://www.trafic-justice.com/photos/jeanphilippe2010.htm

Jean-philippe a dit…

Décidément plus on avance sur votre petite enquête de voisinage plus on est dépité

VOUS N'AVEZ RIEN VU. ETRE LE VOISIN DE LA MERE NE SUFFIT PAS, SE FIER AUX RUMEURS DE QUARTIER NE VAUT RIEN, ET DEBLATERER 4 PAGES NE VOUS REND PAS PLUS CREDIBLE!!

Mais bon on peux comprendre que vous vous sentiez important parce-que vous avez l'impression d'être au coeur des évènements à travers le judas de votre porte...........

Anonyme a dit…

merci pour ce très bon texte, mesuré en même temps que très précis. Malgré la meilleure volonté du monde d'accorder à la République sa légitimité, on ne peut s'empêcher d'être indigné par cette exhibition du "bras armé" de l'appareil d'Etat.

Anonyme a dit…

C'est bien écrit et plein de sens, mais parfois vous inversez juste le manichéisme que vous reprochez aux médias et politiques, dommage.

Je vous plains sincèrement car maintenant que l'occupation militaire de votre quartier a commencée, ça va etre dur (pour les fdesouches.com: oui c'est une occupation car la police et l'armée ont presque les plein pouvoirs et n'ont plus besoin de mandat pour rentrer chez les gens).

Nous à Strasbourg, on a eu presque la meme chose pendant le sommet de l'OTAN : des militaires armés à tous les coins de rue(d'après un retraité rencontré dans le tram : "meme pendant la guerre y'en avait pas autant!"), des hélicoptères qui tournent jour et nuit, des CRS à cran qui font des barrages un peu partout... J'ai été témoin de tout un tas d'abus d'autorité à ce moment là (insultes sans conséquence la plupart du temps, mais elles blessent l'esprit réublicain quand elles proviennent d'un garant de l'ordre publique) et je sais que pour vous ce sera bien pire. Ne les mettez pourtant pas tous dans le meme panier, les gendarmes (classiques et pas mobiles) ne vous poseront surement aucun problème, et les autres ont souvent de bonnes excuses à leurs écarts, bien que leur fonction exigerait d'eux un comportement irréprochable.

Courage!
(C'est triste qu'on en arrive à penser ça les rares fois où on les voit bosser à autre chose qu'à mettre des PV...)

Anonyme a dit…

Les turpitudes de la police, de la justice et du gouvernement n'excusent en rien les saloperies commises par les délinquants.

J'ai une pensée pour les 60 innocents qui ont vu leur voiture partir en fumée

A toutes les époques, les délinquants sont les alliés objectifs du fascisme

bleu-blanc-rouge a dit…

Messieurs-dames, arrêtez de déblatérer sur les fdesouche,vous avez vous aussi vos indigènes de la république et leur extrémisme puant Nous avons le droit de nous exprimer et de dire des vérités que mêmes nos hommes politique de droite ont peur d'affirmer, vérités qui sont partagées par la quasi totalité de la population mais le politiquement correct fait des ravages dans ce pays qui risque à court terme de perdre tous ses repères civilisationnels et culturels.

Caroline Riera-Darsalia a dit…

Merci Khaled pour ces commentaires éclairés!

En réponse au discours de Grenoble qui a fait suite aux événements de La Villeneuve: signons l'appel "Nous sommes tous français":

http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/030810/nous-sommes-tous-francais

Anonyme a dit…

Je trouve que cet article va vraiment trop loin.

L'Etat, la presse, toutes les forces de polices seraient mains dans la mains dans une optique de contrôle militaire d'une partie de la population.

Pour ma part je suis très critique envers Sarkozy et sa tendance à communiquer beaucoup, sans obtenir grand chose en terme de résultats. Et à prétendre faire des choses en supprimant des crédits pour la justice ou les services sociaux. Je pense également normal d'être vigilant sur l'action de la police.

En revanche je suis désolé j'ai habité dans un quartier dit "chaud", et ceux qui pourrissaient la vie de tout le monde, c'était pas les policiers. Malgré certains qui se prennent effectivement pour des cow-boys.

C'était surtout cette minorité de gens souvent jeunes qui n'hésitaient pas eux, à utiliser la violence verbale ou physique entre eux ou envers les autres. Pour un regard de travers, un joli portable, une jupe un peu courte, des conflits de "territoires", l'ennui... des gens se sont retrouvés à l'hosto, chez un psy ou à la morgue. Des voitures ont été brulées, des portes et des boites aux lettres défoncées, des espaces publics transformés en poubelles...

Ils s'en préoccupent ces petits merdeux de la "légalité" et du respect des autres ? Donc non ce n'est pas la police la première cause de violence dans ce pays. Et quand elle patrouille ou arrête un braqueur je n'ai pas l'impression d'avoir affaire à une force "étrangère" venue m'oppresser. C'est bien triste que cet homme soit mort, et il est normal de garder un esprit critique envers la police.

Mais il faut savoir remettre les choses à leurs places. Ce mec ne volait pas des bonbons dans un supermarché, c'était un braqueur, et un habitué apparemment. Donc quelqu'un prêt à risquer la vie d'autres personnes pour avoir du pognon. A ce moment là il a franchi la ligne jaune.

Deux fois dans ma vie j'ai été fouillé par un abruti de type "cow-boy". Pour combien où j'ai subis des vols, des insultes, des dégradations, des menaces par des petits caïds.. Comment j'ai échappé à une agression grave comme plusieurs de mes ami(es) ? Aucune idée.

Anonyme a dit…

J'ai envie de dire Vive Moi. Tanpis si la municipalité fait croire au petite gens que nous sommes à Saygon, ou que certaines autres fondent en poussière quand je passe, car au fond elle m'aime, je l'aime mais elle ne le sait pas - assez.

Parlons d'un état fort: JAMAIS sans vous.

(et oui!).

J'ai pas très bien compris pourquoi vous parler de la police algérienne c'est hors contexte et se sont des arguments inutile. Si l'objectif est de faire peur à la population franco-algérienne leur souligné de deux trait noirs que leur pays n'ai pas celui de leur enfance, moi je leur dit que le monde est grand et que des gens intelligents on en a besoin partout (même en France), et si ils assez assez malin pour aller dans un pays qui n'a pas peur ni du noir, ni de lumière, allez y. Les avions long courrier existe, les pays en paix et démocratie aussi.

Alain le flic a dit…

Monsieur Sattour, la prochaine fois qu'un policier (même d'origine maghrébine) se fait canarder par des voyous devant chez lui à quelques mètres où vit sa mère, j'attends de vous une analyse aussi magistrale sur les origines de la détestation du métier de policier.
Un policier qui parle en connaissance de cause.
Mes salutations.

Anne Honime a dit…

Bravo pour le texte. Très clair et pondéré. Ce qui me frappe dans ces cas-là, c'est toujours le décalage entre des témoignages des personnes qui vivent les évènements sur place, et qui apportent souvent un regard juste ; et la propagande médiatique. Je pense à des cas comme Tarnac, Villier le Bel, l'aéroport de NDDL... Le nœud du problème est donc très médiatique puisqu'il faut passer un temps fou à démentir la propagande étatico-médiatique de gens qui prétendent nous représenter ou nous informer.

Feriel a dit…

Avec des criminologues de la trempe de Xavier Raufer (je l'ai encore vu une énième fois hier sur la cinq) le racisme envers les immigrés a de beaux jours avec lui. Pour cet "éminent" spécialiste des banlieues: délinquance égale immigrés.
Et après cela, aller demander aux français moyens (entre autres) d'être tolérants.

Anonyme a dit…

Vous êtes mal renseigné. Ce n'est pas la peine d'écrire "armes de guerre" entre guillemets. Karim Boudouda a bien laché des rafales avec une arme de guerre UZI sur les flics de la BAC. Choix peu respectueux du boycott des produits israëliens soit dit en passant. Ce genre d'arme lache des rafales de 15 balles par seconde qui par chance n'ont touché aucun habitant.

Comprenez-bien qu'on ne pouvait pas humainement demander aux flics d'aller à une mort quasi-certaine en demandant poliment et avec un drapeau blanc à Karim Boudouda d'avoir la gentillesse de se rendre.

D'autre part les flics n'ont pas choisi le terrain de l'affrontement. Et pour finir, l'accusation de mobile raciste ne tient pas sachant que les deux braqueurs avaient une cagoule sur la tête.

Anonyme a dit…

Très bien écrit mais...science sans conscience n'est que ruine de l'âme. Que de clichés, que de partis pris dans ce brûlot...
La police évidemment raciste...
Le sang versé identitaire (algérien ? musulman ?) justifiant une révolte de quartier, sans doute parce qu'il vaut à vos yeux beaucoup plus que le sang d'un français ordinaire...
Continuez à développer cet esprit identitaire avec son racisme anti-français latent, et çà nous promet de beaux soirs devant nous, en commençant par une finale DSK-MLP en 2012...Signé un sale français (raciste évidemment)